Les chiffres de la population carcérale en Outre-mer [INFOGRAPHIE]

Prison de Baie-Mahault en Guadeloupe.
© Gilles Morel / CrowdSpark | Prison de Baie-Mahault en Guadeloupe.

En juillet 2018, près de 71.000 personnes sont incarcérées dans les prisons françaises. Un nouveau record pour le pays dont les prisons souffrent d’une surpopulation chronique. Zoom sur la (sur)population carcérale dans les Outre-mer.

Pauline Rouquette
Publié le , mis à jour le

La France parmi les mauvais élèves de l'Europe en matière de population (et de surpopulation) carcérale, selon les derniers chiffres de l'administration pénitentiaire, accessibles sur le site du Ministère de la Justice. Au mois de juillet 2018, elle bat de nouveau son record, avec 70 710 personnes détenues sur l'ensemble du territoire.

Avec 5 108 personnes écrouées, les outre-mer concentrent plus de 7% des détenus comptabilisés dans les prisons françaises.
 


Surpopulation quasi-systématique

105 établissements, en France, dont 7 en outre-mer (sur 11) connaissent une situation de surpopulation carcérale supérieure à 120% (voir infographie ci-dessous). Parmi eux, la prison de Baie-Mahault (Guadeloupe) en est un exemple marquant, si ce n'est le plus parlant. Avec 551 détenus pour une capacité opérationnelle de 265 places, elle est la prison française qui connaît le plus fort taux d'occupation. Sa densité carcérale s'envole à près de 208%.
 


Mauvaises conditions de détention

Conséquence de cette surpopulation carcérale, les conditions de détention sont de plus en plus mauvaises. Donnée caractéristique de ce problème, présente dans le rapport : le nombre de matelas au sol. 1 667 au début du mois de juillet 2018, soit 51 de plus que l'année dernière.

Des conditions de détention dégradantes, dont l'Etat a récemment eu à répondre. Fin juillet, le tribunal administratif de Basse-Terre a condamné l'Etat à verser 10 000 euros de dommages et intérêts à un ex-détenu de la prison de Baie-Mahault du fait de ses mauvaises conditions de détention.

Âgé de 41 ans et transféré en métropole depuis, le détenu, qui purge une longue peine, a vécu de 2012 à 2016 entassé avec deux autres personnes dans une cellule d'angle d'à peine 9m². Surface habitable par personne, une fois la place des meubles et des sanitaires enlevée ? Moins d'1m². Or, comme l'a alors rappelé l'avocat du détenu, "en dessous de 3m² par personne, c'est un traitement inhumain et dégradant selon la jurisprudence de la cour européenne des Droits de l'Homme".
 

15 000 places... pour 2027

Cette situation critique, qui empire d'année en année (+ 5,76% de densité carcérale à Baie Mahault depuis 2017) concerne non seulement l’outre-mer mais l’ensemble du territoire national. Avec 142,5% de densité carcérale, les maisons d’arrêt françaises, dans leur ensemble, affichent l’une des pires moyennes d’Europe.

Dans ses promesses de campagne, le candidat Emmanuel Macron avait promis l’ouverture de 15 000 places supplémentaires… Finalement, ce ne sera pas 15.000 mais 7.000 places qui seront ouvertes d’ici 4 ans. La raison ? En novembre dernier, la chancellerie a annoncéque la construction de ces 15 000 places se ferait, non plus "sur le quinquennat", mais sur deux quinquennats. Soit à l'horizon 2027…