Ce qu’il faut savoir sur les langues autochtones en France en quatre points

Langues autochtones
© Unesco | Année internationale des langues autochtones

L’Unesco a lancé officiellement ce 28 janvier 2019 l’année internationale des langues autochtones. Une cérémonie s’est tenue à Paris. L’occasion pour La1ère de faire le point sur ces langues présentes essentiellement en Guyane, en Polynésie, à Wallis et Futuna et en Nouvelle-Calédonie.
 

Cécile Baquey
Publié le , mis à jour le

#1 Qu’est-qu’une langue autochtone ?

C’est une langue parlée par une population issue du sol où elle habite et qui n'est pas liée à un mouvement d'immigration sur ce territoire. Ce sont des langues parlées par les peuples premiers, les premiers à avoir habité cette terre. On trouve des langues autochtones en Guyane (exemple le kali’na ou le wayampi), en Polynésie (le marquisien ou le mangarevien) et en Nouvelle-Calédonie (le drehu).

En France, l’Etat reconnaît "les langues de France", c’est-à-dire "les langues Régionales ou minoritaires parlées traditionnellement par des citoyens français sur le territoire de la République, et qui ne sont langue officielle d’aucun État". Cette catégorie juridique est importante car elle ouvre droit à un enseignement possible de ces langues s’il est facultatif. Sur les 75 "langues de France", 54 soit les trois quart sont parlées dans les collectivités d’Outre-mer. Plus de 40 sont des langues autochtones. 
 
 

#2 Où en est la reconnaissance des langues autochtones en France ?


Même si la France n’est pas un modèle en matière de reconnaissance de ses langues régionales, de gros progrès ont malgré tout été accomplis. Pendant longtemps, de la révolution française à la fin de la Seconde guerre mondiale, la France a considéré qu’il n’y avait qu’une langue : le français.

En janvier 1951, la loi Deixonne a amorcé un tournant. Elle autorisait l’enseignement facultatif de plusieurs langues régionales comme le basque ou le breton. En 1981, un décret d’application a été pris pour permettre l’enseignement du tahitien.

En 1992 un autre décret a été adopté afin de promouvoir l’apprentissage de quatre langues kanak (l’aijië, le drehu, le nengone et le paicî). Ce n’est qu’en 1998, que la Guyane a obtenu ce type de reconnaissance de ses langues. Progressivement, des professeurs ont été formés aux langues autochtones et les lycéens de ces collectivités d’Outre-mer ont pu passer leurs options au bac. Tout cela a pris beaucoup de temps.

En Guyane, les états généraux du multilinguisme ont donné un petit coup d’accélérateur à l’apprentissage des langues autochtones. Par exemple, à Awala-Yalimapo, la première classe bilingue français-kali’na a été ouverte en septembre 2017 avec une parité d’horaires. Cela existe pour le créole depuis 2008.  
 
journée des peuples autochtones de Guyane.
© JODY AMIET / AFP | Marche des Amérindien à Cayenne le 9 août 2013 pour la journée des peuples autochtones de Guyane.

Selon Isabelle Léglise, spécialiste des langues de Guyane au CNRS, "toute les études montrent qu’en terme d’investissement et d’enthousiasme, cet apprentissage dans la langue utilisée à la maison est très efficace pour les enfants. Cela permet de réduire les inégalités et l'échec scolaire".

En Polynésie, depuis 1981, l’enseignement du tahitien a été introduit en maternelle, au primaire et au collège en option. Le tahitien est une matière au Bac depuis 1985.


A Wallis et Futuna, l'académie des langues de l'archipel est en train de s'organiser et les lycéens même s'ils font leurs études en français parlent très souvent en wallisien ou en futunien comme en témoigne ce reportage ci-dessous. 


 

#3 Quelles sont ces langues autochtones ?

Si l’on s’en tient à une définition stricte, on trouve des langues autochtones en Guyane, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie. Si l'on adopte une définition plus large, il faut ajouter Mayotte (Shibushi et shimmaoré) et Wallis et Futuna. 

En Guyane, on compte six langues amérindiennes considérées comme autochtones : l’arawak, le teko, le Kali’na, le palikur, le wayana et le wayampi. Ces langues sont parlées par moins de 5% de la population guyanaise.

En Nouvelle-Calédonie, il existe 28 langues kanak, mais seulement quatre sont enseignées de manière facultative au lycée. Deux sont pratiquées en grande terre. Il s’agit du paicî dans la région de Poindimié et de Koné et l’ajië dans la région de Houailou. Le drehu et le nengone sont utilisées dans les îles loyauté. Ces quatre langues étaient en 2014 parlées ou comprises par 46 000 personnes sur les 268 000 habitants de Nouvelle-Calédonie.

La Polynésie compte sept langues autochtones : le tahitien, le marquisien, le pa’umotu, le mangarévien, la langue des Australes, le raivavae et le rapa. Selon l’encyclopédie Universalis, le tahitien est parlé par 150 000 personnes.


#4 Ces langues sont-elles menacées de disparition ?

Toutes ces langues ont subi les premiers assauts de la colonisation. En Nouvelle-Calédonie, en Polynésie et en Guyane, les peuples premiers ont d’abord dû faire face à l’arrivée de nouvelles maladies. Les premiers contacts ont été dévastateurs. Les populations ont été décimées. Par exemple, les Kali’na en Guyane étaient 5 500 au début du XVI e siècle. En 1848, ils n’étaient plus que 250.

La France a longtemps estimé qu’elle n’avait qu’une seule langue : le français et qu’il fallait éradiquer les autres langues. Cette époque est révolue, mais le changement de mode de vie, l’attrait des villes menacent les langues autochtones.

Selon l’UNESCO, "les langues autochtones constituent la majorité des quelque 7 000 langues recensées dans le monde et, comme toutes les langues, elles sont dépositaires et vecteurs de culture, de savoir, de valeurs et d'identité, dont la perte représente un appauvrissement pour l'humanité tout entière et une perte tragique de pouvoir pour les communautés qui ne peuvent transmettre leur langue maternelle à leurs enfants". 
 

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