Aux Açores, un port spatial portugais futur concurrent du Centre spatial guyanais ?

Açores
© AFP | Île de Santa Maria aux Açores

Le Portugal entend bâtir un port spatial sur l’île de Santa Maria qui sera destiné aux mini-lanceurs. Un appel à projet a été lancé par le gouvernement portugais lors du Congrès international de l'astronautique. Alors que le marché des lanceurs est déjà très concurrentiel.
 

Alain Jeannin
Publié le , mis à jour le

À l'occasion du 69ème Congrès international d'astronautique qui vient de se dérouler à Brème en Allemagne, le ministre portugais des sciences, de la technologie et de l’éducation a lancé un appel officiel à projets, avec un calendrier précis.

Pour Manuel Heitor, les Açores sont idéalement situées pour créer un port spatial international qui permettrait d’utiliser de petits lanceurs pour placer en orbite de mini-satellites. Destination touristique, cette île volcanique se tournerait donc vers un avenir spatial ? "Notre objectif est la mise en place d’un consortium d’ici la fin 2019, afin de construire le site de lancement, en vue d’une mise en service du port spatial en 2021" a indiqué Manuel Heitor.
 

Une île volcanique

Surnommée l’île jaune en raison de sa situation et de son climat chaud et sec, l’île de Santa Maria, d’une superficie de 97 km2 (17 km de long et 10 km de large) pour une population de 6.000 habitants est située au milieu de l’Atlantique, à mi-chemin entre l’Afrique, l’Europe et le continent nord-américain. Le site de lancement, idéalement situé selon ses partisans, se situerait à 4.900 kilomètres au nord-est du Centre spatial guyanais. Un concurrent potentiel pour Arianespace et le CSG ? D’après le cabinet Euroconsult, 7.000 petits satellites seront en effet lancés entre 2018 et 2027, soit six fois plus qu’au cours de la décennie précédente. Et sur ce marché, Arianespace entend bien ne pas se laisser fragiliser…
 

"L’Europe a choisi de répondre au marché des petits satellites par des solutions de lancements partagés sur ses deux futurs champions : Ariane 6 et Vega C. Ces solutions sont plus économiques que des micro-lanceurs dédiés. Et elles peuvent s’appuyer sur les infrastructures du Centre Spatial Guyanais (CSG). C’est donc une double économie. Dans un contexte de concurrence accrue, il faut d’abord consolider ce qui existe plutôt que de disperser nos forces" estime le service communication d’Arianespace joint par La1ere.fr.


Arianespace et son actionnaire principal Ariane Group, malgré de retentissants succès, sont confrontés à la nécessité d’une gestion la plus fine possible. L’arrivée d’un éventuel petit concurrent portugais, même pour un créneau limité, dans un contexte d’agressivité commerciale du marché ne serait pas une bonne nouvelle.
 

Un petit challenger ?

L'Agence spatiale européenne apporterait un support technique pour le petit port spatial portugais, chiffré à un minimum de 60 millions de dollars. Le Portugal s'engage à soutenir le projet en consacrant quelque six millions d'euros à l'amélioration des infrastructures de l'île et en consacrant 10 millions d'euros par an pour des projets de recherche. Mais la compétition s’annonce rude, même si le Portugal s’estime en bonne place pour la gagner, plus de dix projets sont en compétition. En Europe, le Royaume-Uni s’intéresse à un site en Ecosse, et l’Espagne fait la promotion des Canaries.

Pourquoi créer de la concurrence entre Européens ? Une question qui mérite d’être posée au moment où Arianespace et le Centre spatial guyanais sont confrontés à l’arrivée de nouveaux rivaux sur le marché des lanceurs spatiaux, il est vrai en plein essor. "Les Açores sont l'une des possibilités étudiées comme port spatial et possible site de lancement. Quoi qu'il en soit, pour le moment tout reste à  l'état de projet, aucun engagement ferme, aucune décision n'a été prise" précise dans sa réponse l'Agence Spatiale Européenne (ESA).