"Attention à l'exportation de minerai de nickel calédonien" avertit David Wilson, expert de CITI à Londres

Trader Nickel Londres Alain Jeannin
© Alain Jeannin | Séance de cotation du nickel au London Metal Exchange

La Nouvelle-Calédonie met involontairement en concurrence ses minerais pauvres et sa production métallurgique, souligne David Wilson, interrogé par La1ere.fr. Mais le cours du métal poursuit sa progression à Londres.

Alain Jeannin
Publié le , mis à jour le

Pour le directeur du département analyse et recherche de CITI, première banque américaine d’investissement dans les matières premières, « la levée de l’embargo (sic) sur les exportations de minerai pauvre, par le gouvernement calédonien, n’est pas forcément une bonne nouvelle ». Et David Wilson de préciser sa pensée : « Ce minerai pauvre va sans doute servir à produire de la mauvaise fonte de nickel en Chine. »

Une menace appelée NPI

Le danger, que souligne l’expert de CITI, est celui du Nickel Pig Iron (NPI), un alliage de fer et de nickel bon marché, de basse qualité et de faible teneur en nickel, produit dans des conditions désastreuses pour l’environnement. Le NPI concurrence directement les alliages calédoniens de type SLN 25, KNS ou POSCO. Ce nickel « low cost » est utilisé en Chine pour la production d’un acier inoxydable dégradé ne contenant que 2 à 3% de nickel, contre 10% pour les inox de qualité. Rappelons toutefois que le gouvernement calédonien a pris la précaution d’interdire l’utilisation du minerai exporté pour faire du NPI.  « Mais, conclut David Wilson, qui ira vérifier ce que feront les Chinois dans leurs usines ? » Une crainte qui rejoint celle de Didier Julienne, expert en ressources naturelles et expert du nickel.
 

Le nickel grimpe au LME

Quoi qu’il en soit, le London Metal Exchange poursuit sur sa lancée, le nickel progresse de 3% en 48 heures, après une information selon laquelle l’Arabie saoudite et la Russie seraient parvenues à un accord sur un gel de la production de pétrole. La perspective d’un accord à Doha le 17 avril permettant à terme de rééquilibrer le marché a déclenché mardi et mercredi une forte hausse de l’ensemble des métaux industriels.

Le test des 9500 dollars la tonne

Dans le sillage du pétrole, le prix du nickel a continué sa progression, atteignant son prix le plus élevé depuis trois semaines. Pour la seule journée de mardi, le prix de la tonne au LME a grimpé de 300 dollars. Même si les analystes comme David Wilson restent prudents, car les stocks ne baissent pas encore, ils notent « le doublement des volumes de nickel échangés depuis mardi ». Les experts de Triland Metals et de Bloomberg attendent de voir si le nouveau test de résistance des cours à 9500 dollars la tonne sera dépassé. On pourrait alors envisager un nouveau « rallye du nickel ».

Des indices favorables

La reprise du « métal du diable » au LME a également pour origine la forte hausse des exportations chinoises et l’amélioration de l’opinion des investisseurs concernant la croissance de consommation des métaux par le plus grand consommateur au monde. Hasard ou coïncidence, Garry Jones, le directeur général du London Metal Exchange a confirmé, ce mercredi, l’extension au négoce du nickel d’un nouveau système numérisé d’échanges par transaction électronique (Liquidity Provider) visant à développer le dynamisme des échanges et la rapidité des transactions entre producteurs et consommateurs de nickel.

À Paris, mercredi à 17 heures, le cours du nickel frôlait 9000 dollars la tonne. Les trois sociétés métallurgiques de Nouvelle-Calédonie progressaient fortement : Vale + 7%, Eramet + 7,71% et Glencore + 6,20%.