Un atlas sonore pour (re)découvrir les langues régionales de la France hexagonale et d'Outre-mer

Un atlas sonore pour découvrir les langues régionales françaises
© Capture d'écran de l'atlas sonore | Pour réaliser cet atlas sonore, une fable d'Esope a été enregistrée et retranscrite dans 307 langues régionales différentes

Une carte publiée par le CNRS recense un large éventail de langues régionales parlées en France hexagonale et ultramarine. Une fable de l'écrivain grec Esope a été enregistrée et retranscrite dans 307 langues et patois différents, révélant l'immense richesse linguistique de notre pays.

Pauline Rouquette
Publié le

Créole guadeloupéen, shimaore, tayo, futunien, pa'umotu... Pour communiquer sur l'immense diversité des langues parlées en France, et notamment dans les territoires d'Outre-mer, Philippe Boula de Mareüil et Albert Rilliarf, linguistes et chercheurs au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et Frédéric Vernier, chercheur en visualisation d'informations ont développé une carte interactive des langues régionales françaises.

Le principe est simple et à de quoi occuper les plus curieux pendant quelques heures. Pour cela, il suffit de cliquer sur le nom de la localité (pour l'hexagone) ou de la langue (pour l'Outre-mer)... et de laisser les particularités régionales faire leur petit effet.
 

Une fable, 307 langues

Pour réaliser cette carte et recenser cette variété de langues locales, les chercheurs ont effectué un important travail de recherche et arpenté le territoire à la rencontre de locuteurs d'une langue régionale. Et ceci, dans pas moins de 307 municipalités.
A chacun des habitants qu'ils ont rencontré, il a été demandé de lire un seul et même texte. "La bise et le soleil", adaptation de la fable d'Esope "Borée et le Soleil", et le résultat est des plus chantants et contrastés !
 

Deux-tiers des langues régionales en Outre-mer

Dans l'hexagone, il existe une centaine de variétés de langues régionales. Celles-ci se classent en langues romanes (langues d'oïl et langues d'oc, auxquelles s'ajoutent le catalan, le corse et le franco-provençal) et en langues germaniques (l'alsacien, le francique, le flamand). S'y ajoutent toutes les langues d'Outre-mer, qui représentent les deux tiers des langues régionales en France. Parmi elles, les différents créoles (guadeloupéen, martiniquais, guyanais, réunionnais), les vingt-huit langues kanak, les douze langues parlées en Guyane... Mais aussi le mahorais, le malgache de Mayotte, le tahitien, le marquisien, la langue des Tuamotu, le mangarévien, les langues des Iles Australes, le walisien et le futunien.
 

Langues vivantes... mais pas reconnues

D’après un rapport ministériel de 2013 sur "les langues de France", six d'entre elles sont encore utilisées couramment : l’alsacien-francique-mosellan, le basque, le breton, le catalan, le corse et l’occitan, auxquelles s'ajoutent plusieurs langues ultramarines telles que les créoles, le tahitien, le wallisien et le futunien.
Aux Antilles, en Guyane et à La Réunion, les créoles seraient parlés par près de 90% de la population. En 1999, le grand recensement avait révélé que le créole était la langue régionale la plus utilisée avec 2,5 millions de locuteurs. 
Pourtant, bien qu'elles soient recensées, ces langues ne bénéficient pas d'une reconnaissance officielle de la France. Le pays a signé la charte européenne de 1999 qui vise à protéger et promouvoir les langues régionales ou minoritaires. Signé, mais pas ratifié. Or, seule la ratification entraîne une obligation juridique pour l'Etat d'appliquer la Convention. Ce qui signifie qu'en l'absence de ratification, seul le français a aujourd'hui statut de langue officielle.