Archives d'Outre-mer - 2011 : première invasion de sargasses en Martinique

Sargasses Martinique 2011
© PATRICE COPPEE / AFP | Première invasion d'algues sargasses en juillet 2011 en Martinique

Le fléau des algues brunes est de retour cette année encore. Son ampleur semble inédite. Des solutions sont à l’essai pour éviter l'échouage. Les archives d’Outre-mer vous proposent de revoir des images impressionnantes de l'invasion de sargasses de l'été 2011.

Odile Paul
Publié le , mis à jour le

La mer des sargasses est connue depuis le XVe siècle, Christophe Colomb évoque ce cauchemar de marins dans ses écrits. Elle se situe au nord de l’arc caribéen et cette mer à la particularité de ne pas avoir de rivages.

Des sargasses aux Antilles

En 2011, c’est une première. Les algues arrivent début juin sur le littoral des Caraïbes. Une invasion massive touche la Martinique et la Guadeloupe tout au long de l’été. Les anciens expliquent ne jamais en avoir vu autant :

Je suis né à Cul de sac. Je vis à Cul de Sac. J'ai 70 ans. Je n'ai jamais vu pareille arrivée d'algues. C'est la nature, OK, mais nous ne pouvons pas nous défendre contre. Ca rentre, ça rentre et le nettoyage est très difficile.

- Emile Larmonie, vice président du quartier Cul de Sac à Saint-Martin dans un reportage de RFO Guadeloupe diffusé en aout 2011.


Une prolifération exceptionnelle

Des scientifiques ont démontré en étudiant les images satellites des radeaux de sargasses que l’échouage massif de 2011 (et ceux des années suivantes) provient de l’embouchure du fleuve Amazone au Brésil et non pas de la mer éponyme comme on l’a cru d’abord. Plusieurs causes sont évoquées : la destruction de la mangrove libère dans l’océan des nutriments qu’elle retenait auparavant, l’agriculture intensive et ses traitements chimiques inhérents ainsi que l’orpaillage clandestin génèrent des eaux polluées, le réchauffement climatique élève la température de l’eau. La conjugaison de ces éléments favorisent le développement exponentiel des algues sargasses.

Un phénomène dangereux

Les algues dégagent lors de leur décomposition un gaz toxique : le sulfure d’hydrogène (H2S) à l’odeur caractéristique et nauséabonde d’œuf pourri. Les populations sensibles comme les enfants, les asthmatiques et les personnes âgées doivent éviter d’en inhaler. Ce gaz peut même être mortel en cas d'inhalation d'une dose très concentrée. Un rapport de l'Anses fait le point sur les risques encourus.

L’invasion des sargasses est aussi préjudiciable pour l’environnement. La mortalité de la faune aquatique, poissons et crustacés, a augmenté le long des côtes. En 2011, deux baleineaux à bec sont retrouvés morts au François, visiblement asphyxiés. Le développement des coraux est impacté car le soleil filtre difficilement les bancs d’algues. La ponte, sur le littoral, des tortues, espèces protégées, devient difficile voire impossible. L’éclosion des œufs est perturbée par les opérations de ramassage.

Une catastrophe économique

L’échouage des algues empêche les pêcheurs de sortir en mer et donc de travailler. Elle éloigne les baigneurs des plages infestées. Le secteur de la restauration et de l’hôtellerie est touché. Tout l'activité touristique des îles de la Caraïbe est impactée. À cela s’ajoute le coût du nettoyage des rivages financé par les collectivités territoriales.

Au début, les sargasses ont été utilisées comme engrais. Mais l'épandage des algues sur les terres cultivées peut favoriser la salinité des sols. De plus, la présence de métaux lourds dans les sargasses risque d'empoisonner la terre à long terme.

Regardez le reportage de RFO Martinique diffusé fin août 2011 : 
Sargasses aux Ilets du François et au Cap