"Invitée surprise" : la journaliste guadeloupéenne Christine Kelly publie son autobiographie

christine kelly
© BERTRAND GUAY/AFP | Christine Kelly, en novembre 2009 à Paris.

Dans « Invitée surprise » (éditions du Moment), la journaliste guadeloupéenne Christine Kelly lève le voile sur le versant privé de sa vie : son enfance, ses difficultés et ses peines, mais aussi sa détermination à réussir. Extraits choisis. 

Philippe Triay
Publié le , mis à jour le

On connaît la célèbre journaliste et son parcours. Christine Kelly fut notamment la première femme noire à présenter un journal télévisé sur une chaîne nationale d’informations (à partir de février 2000 sur LCI), et la plus jeune personnalité à être nommée au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), en 2009. On connaît moins les zones d’ombres, et notamment toutes les difficultés qu’elle a surmontées pour réaliser ses ambitions.
 
Née en Guadeloupe dans une famille modeste, soumise dans son enfance à des règles très strictes, rien, à priori, ne prédisposait la petite Christine à devenir la célèbre présentatrice et l’auteur à succès qui nous est familière aujourd’hui. Rien, sauf son volontarisme et un travail acharné, doublé d’un formidable talent qu’elle a su mettre à son profit. « Invitée surprise », titre du livre… « Là où personne ne t’attend », titre d’un chapitre… A force de courage et de détermination, Christine Kelly a fini par imposer une certaine idée de l’excellence professionnelle. Morceaux choisis.
 

Extraits

« La noiraude » à Canal +

« A la rédaction, on me surnomme "la noiraude". C’est la patronne en personne (de l’émission "Le Journal de l’emploi" de Canal +, ndlr) qui m’affuble de ce sobriquet à la tonalité particulière, mais je sais que Martine Mauléon éprouve un humanisme profond et un amour de l’autre, de tous les autres, qui n’a jamais été mis en doute. (…) Si ce surnom a émergé, c’est parce que, bien plus que tel ou tel trait de caractère original, bien plus qu’un loisir, un tic de langage ou un mets favori qui me résumerait à la caricature, ce qui marque le plus ma différence d’avec tous mes collègues de la rédaction, c’est le fait que je suis la seule et unique personne noire. Je ne m’en étais même pas rendu compte. Je travaillais, c’est tout. Comment devrais-je accueillir ce genre de surnom ? Je ne me suis pas posé la question. »

livre kelly

Première femme noire au JT à LCI

« Un tabou s’est effondré dans les médias français et c’est tombé sur moi. Je ne me sens aucunement artisane méritante ou militante récompensée au bout d’un combat. Je me considère simplement comme une professionnelle. Jamais je n’aurais pensé en envoyant mes CV à LCI qu’il y aurait un avant et un après pour la communauté noire dans les médias. (…) C’est en passant à l’antenne que mon apparence physique m’est renvoyée en pleine figure. (…) Il se trouve que je suis noire et qu’il n’y en avait jamais eu avant moi à effectuer ce travail. Mais ma mère et mon père m’avaient toujours élevé dans la vénération du contenu, pas dans l’apparence et l’ignorance. J’ai donc instinctivement décidé de ne porter ma couleur de peau ni comme un fardeau ni comme un drapeau. »
 

Effondrement en direct

« Une seule fois, la digue séparant vie privée et vie publique a cédé en plein direct. Quelques temps après avoir perdu mes jumeaux à un stade avancé de ma grossesse, je reprends le chemin de l’antenne, certaine que je me reconstruirai plus vite et plus sûrement dans l’action. Chaque femme a son parcours, ses moments de réflexion et ses souffrances qui la construisent. (…) Pendant plusieurs jours, je fais face et rien ne transparaît. Et puis un matin – pourquoi celui-là et non la veille ou le lendemain ? – en plein direct, une vague d’émotion m’envahit et menace d’affleurer. Je lutte, mais je n’y arrive pas. Mon visage se déforme. Ma voix se transforme. Il faut rassembler toutes mes forces pour ne pas pleurer. (…) Ce jour-là, je suis si vulnérable qu’au beau milieu d’une des éditions, le flot de larmes que je tentais d’étouffer sous un couvercle depuis le petit matin finit par jaillir. Je ne peux plus lire, articuler, penser. Je pleure en direct. Fin du journal. »
 

Christine Kelly, « Invitée surprise » - éditions du Moment, novembre 2015, 223 pages, 16,95 euros.