Loin des requins, les surfeurs réunionnais s’entraînent sereinement sur la côte Atlantique

Loin des requins, les jeunes surfeurs réunionnais s’entraînent sereinement sur la côte Atlantique
© LP | Vingt jeunes réunionnais suivent actuellement un stage de surf et de bodyboard à Capbreton dans les Landes.

Jusqu’au 27 juillet, vingt jeunes du pôle espoir de surf de La Réunion sont en stage à Capbreton dans les Landes. Une session sportive intense pour ces graines de champions victimes de la crise requin qui sévit dans l’île. Reportage.

Laura Philippon (envoyée spéciale à Capbreton) Publié le , mis à jour le

"Ça fait du bien de pouvoir s’entraîner sans se soucier de ce qu’il y a sous nos pieds". Kainoa sort tout juste de l’eau, une planche de surf sous le bras. Assis dans le sable face à la mer, cheveux blonds au vent, il apprécie le moment, l’endroit. Cette plage de la côte landaise où "l’on peut surfer même si l’eau est trouble et si l'on ne voit pas le fond".  

Vingt surfeurs et bodyboardeurs

Âgé de 17 ans, Kainoa fait partie du pôle espoir de La Réunion. Avec une vingtaine d’autres jeunes surfeurs et bodyboardeurs du pôle, ce champion d’Europe est en métropole depuis le 7 juillet pour un stage de trois semaines. À l’heure où la crise requin sévit à La Réunion, ce voyage est une véritable "bouffée d’oxygène" pour les jeunes surfeurs réunionnais passionnés de glisse.

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© LP | Kainao a déjà été champion d'Europe, il profite du stage pour améliorer ses performances.

Organisé depuis plus de six ans, le stage est marqué cette année par une absence, celle d’Elio dont le prénom est gravé sur les planches de surf de ses camarades. Membre du pôle espoir de La Réunion, Elio Canestri, 13 ans, est la dernière victime d'une attaque mortelle de requin à La Réunion.

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© LP | Depuis l'attaque mortelle d'Elio, les jeunes du pôle espoir de La Réunion ne doivent plus surfer sans sécurité sous peine d'être exclus du pôle.

La disparition d’Elio, un ami

Depuis ce jour d’avril 2015, Kainoa n’a "plus jamais remis un pied dans l’eau". Tous ces jeunes du pôle connaissaient Elio, certains ont même assisté à l’attaque et restent bouleversés par la disparition de leur ami. "On faisait toutes les compétitions ensemble, on se mettait toujours à l’eau en même temps, ça fait un vide", confie Ké’a, 13 ans.

Pour autant, rien n’entache la détermination de ce jeune passionné. "Je suis encore plus motivé, toute la Réunion va se battre pour Elio, on va aller chercher des résultats pour lui, on va faire grandir le surf réunionnais", assure ce futur champion au mental d'acier.

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© LP | Ké'a veut porter haut les couleurs de La Réunion.

Reprendre confiance

Cette année, le stage à Capbreton permet surtout aux Réunionnais de remettre un pied sur la planche. "Ils surfent ici sans pression, sans peur. Ils reprennent confiance en eux et ils en ont besoin", explique Raphael Rajerinera, l’un des coachs qui les accompagne et assure leur préparation en vue des championnats de France d’octobre. "Ils sont moralement costauds ces gamins. On avait peur de perdre cette génération, mais ils sont là, ils en veulent et se donnent à fond pour le surf réunionnais".

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© LP | Raphaël, le coach, est venu avec les jeunes de La Réunion pour encadrer ce stage de trois semaines en métropole.

Mes jolies colonies…

Ce mercredi, il est plus de 17 heures lorsque les jeunes sortent de l’eau. Musique, jus d’orange et bonne humeur : dans le mini bus qui les ramène au lycée professionnel Louis Darmanté de Capbreton où ils sont hébergés, il y a comme une ambiance de colonie de vacances.

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© LP | Matin et soir, les jeunes embarquent dans le mini bus pour rejoindre les meilleurs spots de surf de la côte landaise.

En arrivant, les jeunes suspendent combinaisons et serviettes dans la cour intérieure du lycée. Fermé durant les vacances scolaires, l’établissement accueille tous les ans les Réunionnais. Logés dans des dortoirs, ils prennent leurs repas à la cantine sous l’oeil attentionné d’Isabelle qui prend soin d’eux. "Je les retrouve d’une année sur l’autre, je les vois grandir et on s’attache, car ils sont adorables", confie cette mère de famille, infirmière scolaire le reste de l’année.

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© LP | Les jeunes réunionnais sont hébergés dans un lycée professionnel de Capbreton.


Une journée de stage

Durant trois semaines, les marmailles enchaînent les sessions de surf du matin au soir. Levés à 6h45, ils commencent la journée par un réveil musculaire suivi du petit-déjeuner et de la mise à l’eau pour deux heures de surf ou de body. Après la pause déjeuner, les coachs vont scruter le littoral et repèrent les meilleurs spots.

14 heures. Toujours aussi motivés, ces jeunes avides d'excellence reprennent leurs planches. Notés sur leurs techniques de surf, ils enchaînent des séries de vagues dans les conditions des compétitions. A 19 heures, la journée s’achève par une séance de stretching. Pendant vingt minutes, le gymnase est plongé dans le silence. Seules les respirations se font entendre. Une manière de faire retomber l’adrénaline et l’euphorie de la journée.

Découvrez ici une journée de stage en images :

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Sauver la dernière génération

"Depuis le début de la crise, on essaie de sauver la dernière génération de surfeurs réunionnais, explique Patrick Florès, entraîneur national à la Fédération Française de surf, élu de la commune de Saint-Paul à La Réunion et père du champion, Jérémy Florès. Grâce à la Fédération Française de surf, à la ligue réunionnaise et aux collectivités locales, on a réussi à mettre en place ces dernières années, ces stages en métropole, en Australie et en Afrique du Sud. Le surf réunionnais ne va pas mourir, il est allé trop haut pour ça".

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© LP | Durant leur stage, les jeunes passent en moyenne quatre heures par jour dans l'eau.

Un apprentissage complémentaire

Ces stages au programme sur-mesure, intense et rigoureux, sont déterminants pour l’apprentissage des jeunes surfeurs et bodyboardeurs. "À La Réunion, ce sont des vagues de récifs, précises, qui déroulent bien, détaille Attilio, jeune surfeur prometteur du pôle espoir de La Réunion. En métropole, ce sont des vagues de sables, elles partent dans tous les sens, c’est "bordélique" ! Il faut bien les observer, les sélectionner, c’est plus technique".

Selon Vincent Giraud, l’un des coachs, ancien professionnel du surf, "au-delà de la crise requin, il est indispensable pour ces jeunes surfeurs de s’entraîner en métropole s’ils veulent faire carrière".

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© LP | Mahé et Lisa s'entraînent pour intégrer l'équipe de France de surf.

Entre deux entraînements, les Réunionnais jouent au basket dans la cour du lycée. Quelques mots de créole, un coup d’œil sur la montre. "Ah, oui, elle est toujours à l’heure de La Réunion !" Près d’eux, des jeunes surfeurs de Marseille jettent un œil envieux sur leurs camarades : "Mais oui, ils sont trop bons au surf les Réunionnais, ils vivent là où nous, on part en vacances !".

Le difficile retour à La Réunion

Si ce stage organisé par le pôle espoir de La Réunion, la Fédération Française de surf et l’aide de la région Réunion, permet aux jeunes de surfer dans des conditions optimales, le bonheur reste éphémère. "Quand je vais rentrer à La Réunion, ça va être triste, pense déjà Kainoa. Je vais regarder la mer sans pouvoir y aller".

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© LP | Les vagues de sable des Landes sont plus difficiles à apprivoiser que les vagues de récif de La Réunion.

Depuis l’attaque mortelle d’Elio, la ligue réunionnaise de surf interdit aux jeunes de pratiquer hors du dispositif vigies (qui consiste à immerger des plongeurs pour surveiller les zones de surf, ndlr), sous peine d'être expulsés du pôle espoir. "J’ai toujours autant envie d’aller à l’eau, parfois je suis à deux doigts de craquer, mais je me raisonne," raconte Enzo, 13 ans. Lucas, lui, n’a plus d’hésitation : "Avec ce qui est arrivé à Elio, si j’y retourne sans sécurité, c’est que je ne le respecte pas".

S’installer en métropole ?

Si certains jeunes imaginent venir s’installer en métropole pour pratiquer "librement", d’autres refusent de quitter La Réunion et rêvent de surfer à nouveau sur les spots de Saint-Leu ou Trois Bassins. Là même où est née leur passion lorsqu’ils avaient entre 4 et 8 ans et qu’ils découvraient leurs premières sensations de glisse dans l’Océan Indien. "C'était la grande époque où l’on surfait du matin au soir, avec des couchers de soleil dans l'eau", se rappellent les plus nostalgiques.

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© LP | Nicolas Berthé donne aux jeunes les consignes du prochain exercice. Ils vont devoir prendre une dizaine de vagues et les meilleurs d'entre elles seront notées.


Des Réunionnais en équipe de France ? 

"Avec la crise requin, La Réunion a pris du retard, mais elle a encore des graines de champions", assure Nicolas Berthé. A l’initiative de ce stage, il est responsable du pôle espoir de La réunion et conseiller technique national à la Fédération. "Les surfeurs réunionnais sont rattrapés par des Guadeloupéens, mais c’est une bonne nouvelle pour le surf Français qui est tiré vers le haut avec ces jeunes des Outre-mer. Et puis aujourd’hui, le surf réunionnais s’adapte", affirme Nicolas Berthé.

Dès septembre, les jeunes du pôle espoir pourront à nouveau surfer avec les vigies sur des spots sécurisés. "On espère que cela va redynamiser les écoles de surf de l’île qui sont notre base de recrutement au pôle espoir, avoue le coach.

Parallèlement à ce stage, Nicolas Berthé participe aussi aux sélections des jeunes qui entreront en équipe de France de surf pour les championnats nationaux et mondiaux. Les noms des qualifiés ne sont pas encore connus, mais une chose est sûre : les Réunionnais ne sont pas en reste.

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© LP | Les jeunes surfeurs rentreront le 27 juillet prochain à La Réunion.