Centrale de Doniambo : Eramet n'investira pas s'il perd le contrôle de la SLN et du nickel

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© CLAUDE BAUDEMOULIN/AFP | Vue extérieure de l'usine SLN de traitement de nickel de Doniambo appartenant au groupe français Eramet.

À la veille d'un nouvel investissement structurel indispensable à sa filiale, Patrick Buffet, le PDG d’Eramet, réévalue sa position. Il renoncera au financement de la future centrale électrique de l’usine de Doniambo si Eramet perd sa majorité dans la SLN. 

Par Alain Jeannin et Jacques-Olivier Lesieur Publié le , mis à jour le

Une déclaration choc, en pleine crise du nickel. La SLN calédonienne, malgré l'excellence de son alliage SLN25, accumulerait chaque mois 50 millions d'euros de pertes. À la veille d'un nouvel investissement structurel indispensable à sa filiale, Patrick Buffet le PDG d’Eramet, a profité de son déplacement au Japon, pour réévaluer sa position. Il renoncera au financement de la future centrale électrique de l’usine de Doniambo (estimée à 900 millions d’euros), si Eramet perd sa majorité dans la SLN.
 

Un « non » à la « calédonisation » de la SLN

Un avertissement ferme face à la revendication d’une redistribution du capital aux provinces calédoniennes. Un « non » à la « calédonisation » de la SLN partagé semble-t-il par son autre actionnaire clef, le sidérurgiste japonais Nisshin Steel (un des principaux producteurs japonais d’acier inoxydable). Le fonds d'investissement américain BlackRock, actionnaire d'Eramet refuserait également de laisser le groupe minier français agir au détriment de ses intérêts. Une source proche de BlackRock indique : « Eramet n'a pas à investir une somme aussi énorme en temps de crise, de surcroît, si le groupe perd le contrôle de l'investissement et celui de son usine calédonienne. »
 

Les propos de Patrick Buffet devant les journalistes de la presse japonaise

Les propos tenus par Patrick Buffet devant les journalistes économiques de la presse japonaise confirment la position du groupe minier français : « Il est clair que la SLN n’a pas la capacité financière d’investir dans cette centrale aux vues des montants précités. La SLN a ainsi besoin du plein engagement du groupe Eramet, qui doit de son côté bénéficier de la visibilité et de la stabilité suffisantes pour conduire cet investissement pour sa filiale. Vous entendez tout comme moi des voix s’élever ces derniers temps en Nouvelle-Calédonie pour réclamer la montée de la participation des provinces calédoniennes à 51 % dans la SLN. »
« (…) Je veux exprimer aujourd’hui clairement le fait qu’Eramet ne pourrait engager les importantes sommes et garanties nécessaires au financement de cette nouvelle centrale, pour une filiale non contrôlée majoritairement. Ceci serait, en effet, absolument contraire au simple respect de l’intérêt social d’Eramet, comme il en serait pour toute entreprise. La situation actuelle est donc conforme à l’intérêt social commun d’Eramet et de la SLN et il n’est pas prévu qu’elle évolue. (…) Une situation dans laquelle nous financerions et garantirions une nouvelle centrale d’une telle importance pour une société dont nous n’aurions pas la majorité est impossible. »
 

Le spectre du Koniambo

Des propos qui interviennent alors que le prix du nickel, en tant que métal de base, a passé une nouvelle semaine sous pression. Les cours sont tombés au plus bas, accusant une baisse de 50 % sur un an. Eramet refuse, pour le moment, toute réduction d'activité de sa filiale calédonienne, mais il n'entend pas accepter la perte de la majorité de sa filiale SLN. Cela équivaudrait sans doute pour le groupe français à un nouveau "Waterloo minier", après la perte en 1998 du massif du Koniambo au profit de son concurrent, la multinationale anglo-saxonne Falconbridge, devenue Glencore.