Cyclotron en Martinique : François Hollande suit les recommandations des autorités sanitaires

Lurel / Hollande / Letchimy
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Depuis des mois, les présidents de conseils régionaux de Guadeloupe et Martinique bataillaient pour obtenir le cyclotron promis à la zone Antilles/Guyane. Un rapport confidentiel de l’IGAS, que la1ere.fr s’est procuré, tranche : "Le choix du site ne peut être qu’à Fort de France".

Martin Baumer Publié le , mis à jour le

François Hollande a mis fin au suspense lors de son déplacement en Martinique, samedi 9 mai : le futur cyclotron pour la zone Antilles/Guyane sera implanté en Martinique. La Guadeloupe ne pourra avoir le sien qu'à condition de le financer sur fonds propres, même si l'Etat participera également à son financement (lire notre encadré en bas de page). Pourtant, il y a encore quelques jours, Victorin Lurel certifiait que "la Guadeloupe [aurait] son cyclotron". Mais il semblerait que le président de la région soit allé un peu vite en besogne.

Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a été commandé en fin d’année dernière par la ministre de la Santé afin d’établir quelle serait la bonne solution concernant le ou les cyclotron(s) à implanter pour les départements français d’Amérique (DFA). La1ere.fr se l’est procuré, et les conclusions sont sans équivoque :

"Le choix d’un seul site s’impose. Et ce site ne peut être qu’à Fort-de-France en raison de la présence plus forte de compétences médicales et de ses relations aériennes avec la Guyane"
(Extrait du rapport de l'IGAS)













Le cyclotron, qu'est-ce que c'est ?

Aujourd’hui, les Agences régionales de santé de Guadeloupe, Guyane et Martinique estiment que, chaque année, environ 3 500 cas de cancers sont nouvellement détectés.

Une technique d’imagerie médicale utilisée en médecine nucléaire permet de localiser la tumeur avec précision. Il s’agit de caméras appelées TEP (pour tomographie par émission de positons) qui peuvent être installées dans n’importe quel centre hospitalier disposant d’un service de médecine nucléaire, ce qui est le cas aujourd’hui de la Guadeloupe et de la Martinique (le rapport préconise d’ailleurs d’en créer un en Guyane).

Mais pour que ces caméras détectent une tumeur, le patient doit auparavant se voir administrer un produit radioactif dont les doses ne peuvent être produites que pas un appareil, imposant, dangereux et très coûteux : un cyclotron.
 

Les besoins sont réels pour la détection du cancer [dans cette région]. La présence du cyclotron est indispensable.







 

Le choix martiniquais

Une mission de l'IGAS a donc été chargée de définir quel serait le modèle idéal qui permettrait à la Guadeloupe, à la Martinique mais aussi à la Guyane de tirer profit, au mieux, médicalement parlant, de ce cyclotron.

Elle conclut, sans aucun doute, à un choix en faveur de la Martinique. D’abord pour des raisons géographiques : les doses radioactives fabriquées par le cyclotron n’ont qu’une courte durée de vie, moins de deux heures. Il faut donc faire vite.
 

"La Martinique est seule, de par sa position géographique centrale et l’existence de liaisons aériennes quotidiennes, à pouvoir approvisionner les autres départements dans les délais compatibles."












La position centrale de la Martinique

Logiquement, le cyclotron martiniquais pourrait donc produire davantage de doses puisque possiblement fournisseur, grâce à sa position centrale, des deux autres DFA et de pays voisins.

Le potentiel de rentabilité serait alors suffisant pour attirer un partenaire industriel qui financerait à la fois le cyclotron et sa production. Bien entendu, si aucun partenaire industriel ne se manifeste, l’investissement deviendra public.
 

"Une zone comme l’inter-région Antilles-Guyane peut constituer un territoire attractif pour un industriel privé. L'attractivité pourrait être améliorée par des coopérations internationales avec les îles avoisinantes. […] Plusieurs industriels ont manifesté leur intérêt dans les Antilles."















Cyclotron
© FRANCOIS GUILLOT / AFP | Le cyclotron : une machine imposante. (Ici en 2009 à l'hôpital Saint-Louis à Paris.)

Le projet guadeloupéen vivement critiqué

Dans son rapport, l’IGAS critique largement le projet guadeloupéen qui pose "trop d’interrogations"Notamment parce qu’il n’a pas été prévu pour alimenter en doses les autres départements français d’Amérique, ni d’autres pays de la zone. 

 

"Le projet porté par la Guadeloupe démontre la forte implication du président du Conseil régional et des acteurs locaux, mais ne répond pas aux critères d’une analyse qui doit demeurer à la fois sanitaire et scientifique et consolider une dynamique interrégionale garante de la durabilité et de l’attractivité du modèle"
















Les motivations politiques de Victorin Lurel pointées du doigt

Le projet étant centré uniquement sur la Guadeloupe, et non pas sur une coopération régionale, les rapporteurs soulignent aussi qu’il devrait rencontrer d’importantes difficultés pour son financement par l’Europe. La mission critique également Victorin Lurel et un projet ni concerté, ni mature, qui ne répond pas à la préoccupation majeure : une réponse optimale pour les malades du cancer.
 

"La lettre du 23 janvier 2015 du vice-président du pôle universitaire de Guadeloupe est révélatrice du débat, l’objet portant sur ‘les motivations politiques’ pour l’octroi d’un cyclotron en Guadeloupe."











 

Pourquoi pas deux cyclotrons ?

Certain de réaliser un cyclotron guadeloupéen, Victorin Lurel a récemment déclaré que la Martinique était libre d’essayer d’obtenir son propre appareil. Cette éventualité est totalement exclue par le rapport qui parle de "doutes sérieux sur [la] pérennité" d’un tel modèle.

Les risques sont nombreux : sont évoquées notamment des possibilités d’handicaper sérieusement les finances des CHU (on parle d’un déficit d’1,6 millions d’euros si la Guadeloupe obtenait le cyclotron) ou de ne pas trouver suffisamment de compétences pour gérer deux sites différents.

Par ailleurs, cela répartirait également le nombre de doses produites, ce qui rebuterait très probablement un partenaire industriel pour le projet régional. L’IGAS prend en exemple l’installation du cyclotron à La Réunion : "Le projet Antilles pourrait s’inspirer de cette coopération internationale pour fiabiliser les investissements." Enfin, ce modèle dit "mono site" fonctionne parfaitement dans l’Hexagone, assurent les rapporteurs. Il permettrait également d’attirer des compétences dans la région.


"Le débat sur le cyclotron ne doit pas occulter le vrai défi de la prise en charge des malades."

 





 

En Guadeloupe, François Hollande annonce finalement... un deuxième cyclotron

Le président a provoqué une petite poussée de fièvre en annonçant d'abord en Martinique qu'il y aurait bien un cyclotron pour le département et son environnement régional caribéen dans le cadre de la coopération sanitaire, et que si la Guadeloupe en voulait un, ce serait "en financement propre".
Une annonce fraîchement accueillie en Guadeloupe où le président de région et ancien ministre PS Victorin Lurel a demandé "un égal traitement avec nos amis de la Martinique, pas plus, pas moins".

François Hollande a alors annoncé que l'Etat "non seulement [autoriserait] un cyclotron en Guadeloupe mais [qu'il participerait] aussi au financement en complément de la Martinique". "N'opposons pas une île à une autre, chacun a besoin d'avoir son équipement", a conclu le président pour clore ce cafouillage.
(AFP)