Au procès du "tueur de l'Essonne", l'accusé Yoni Palmier règle ses comptes avec son unique ami

A la cour d'assises d'Evry (Essonne), Yoni Palmier comparaît dans le box des accusés.
© Gaëlle Malet | Le box des accusés, à la cour d'assises d'Evry (Essonne)

Le verdict pourrait tomber jeudi 16 avril. Depuis trois semaines, Yoni Palmier, surnommé "le tueur de l'Essonne", comparaît aux Assises d’Evry. D’origine guadeloupéenne, il est accusé de quatre meurtres. Lundi, il était face à son ancien ami.

la1ère.fr (avec AFP) Publié le , mis à jour le

L'un dans le box, l'autre témoin: ces deux-là ne se sont pas vus depuis trois ans. Il se scrutent. "C'est difficile, il me regarde !", s'irrite Yoni Palmier, jugé à Evry pour quatre assassinats, face à son unique ami venu à la barre. "Oui, je sais qu'il vous regarde beaucoup", s'amuse le président de la cour d'assises.

15 ans d’amitié

Entre l'accusé et son copain Franck Tribouillois, une histoire de 15 ans, faite d'amitié et aujourd'hui de rancune, débutée en 1999 autour d'une "passion commune pour la musique". "Yoni, je lui dois beaucoup", affirme le témoin, 40 ans, lunettes teintées, pantalon moulant et chaussures pointues. "C'est lui qui a fait que je suis rentré à la radio", une station de l'Essonne où les deux hommes animent une émission de rap.

Celui qui se sera présenté successivement comme vendeur, animateur, manageur et journaliste raconte cette amitié, tirant parfois sur sa chemise trop courte et se tournant régulièrement vers l'accusé. Ce dernier, 36 ans, qui avait l'habitude d'écouter les débats d'une oreille distraite, est maintenant remuant, plaisante avec ses avocats ou se pince la lèvre, la main sur les yeux, pour refréner un sourire.

Des discussions superficielles 

"Yoni venait me voir souvent et c'est vrai qu'il était vraiment très seul", poursuit Franck Tribouillois, dont l'appartement de Ris-Orangis (Essonne) jouxte celui de Palmier. "On parlait de tout et de rien, de la vie, de mes relations amoureuses (...) Ça restait superficiel."
"A l'heure où je vous parle, vous êtes le seul ami déclaré de M. Palmier", lui fait remarquer un avocat des parties civiles. Réponse embarrassée : "J'espère pas... mais en tout cas le plus proche."

Yoni Palmier écrit de prison à son ami et réclame ses visites

Tribouillois est le seul à l'avoir défendu devant la presse lors de son arrestation, le jurant innocent des faits dont il est accusé: quatre assassinats d'au moins une balle dans la tête entre novembre 2011 et avril 2012 dans l'Essonne.

Palmier lui écrit de prison, réclame ses visites. Il l'invite aussi à poster pour lui une lettre adressée au tribunal d'Evry. Quand Tribouillois l'ouvre, il découvre des lettres de journal découpées, collées sur un bout de papier : "Meurtres de l'Essonne. Yoni a rien fait. J'ai opéré sur les quatre meurtres. Vous ne nous trouverez pas." Un tournant : jamais il ne la postera, ne lui répondra, ni ne lui rendra visite.

"T'es un peu foufou !"

Le président interroge l'accusé : "Alors, vous faites du découpage en cellule ? Pourquoi avez-vous demandé à M. Tribouillois de poster cette lettre ?"
"C'est dû au fait qu'il faisait des déclarations sur moi à l'époque", répond-t-il. Il lui en veut. "Je n'irai pas jusqu'à dire que c'était mon ami, mais je m'entendais quand même sacrément bien avec..."
Deuxième tournant: quand les policiers présentent à Tribouillois des documents bancaires et d'identité à son nom, retrouvés chez Palmier "J'ai été trahi, je pense, et très déçu..."

"Il y a quand même pas mal de choses que t'as dites qui sont un peu erronées", s'emporte l'accusé, qui exaspérait jusque-là la cour par ses réponses laconiques. S'il a récupéré ces documents "dans la boite aux lettres toujours ouverte" de son ami, c'est pour lui rendre service: "T'es un peu foufou dans ta tête, toi (...) tu perds tout le temps tes affaires !"

Mais quand le président suspend l'audience, le témoin se précipite vers le box. Bref échange et la sécurité intervient. Palmier, raccompagné par deux policiers, tourne la tête, toujours plus, vers son ami. Il ne le quitte pas des yeux. 

Ecoutez ci-dessous le témoignage de Franck Tribouillois au micro Outre-mer 1ère de Fabienne Acosta.