Les oubliés de la bombe (7 en Outre-mer)

Moruroa nucléaire
© AFP | Photo de l'essai nucléaire "Licorne 1" du 3 juillet 1970 sur l’atoll de Moruroa en Polynésie française.

Cette semaine, neuf personnes irradiées lors des essais nucléaires français, dans le Pacifique et au Sahara, ont obtenu des réparations devant la justice. Mais à ce jour, 98% des demandes d'indemnisation ont été rejetées.  C’est le thème de « 7 en Outre-mer », samedi à 12h30 sur France Ô.

Nathalie Nouzières / la1ere.fr Publié le , mis à jour le

L’île de Mangareva est à 350 km de Mururoa, l’un des sites où avaient lieu les tirs aériens. Au moment des essais, les militaires se réfugiaient dans un blockhaus aux épais murs de béton. La population de l’île  s’abritait dans un simple hangar au toit de tôle.

Les Mangareviens se souviennent : "Certains habitants du village se rendaient en montagne pour admirer cette lumière éclatante produite par les tirs aériens. Les fenêtres de nos maisons vibraient et le sol tremblait aussi. A l’époque, si tu disais que tout était empoisonné ici par les bombes atomiques, tu étais viré de ton travail. J’accompagnais les militaires pour repérer les zones radioactives de l’île après les tirs aériens. Nous avons répertorié plusieurs zones où la contamination était réelle car cela affolait nos compteurs Geiger."
 
193 essais nucléaires en Polynésie 
Population locale, militaires et civils travaillant sur les sites de Mururoa et Fangataufa,  on estime à 150 000 le nombre de personnes qui auraient pu être atteintes pas les retombées radioactives.  193 essais nucléaires, aériens puis souterrains, ont eu lieu en Polynésie française entre 1966 et 1996.

Il faut attendre 2010 et le vote de la loi Morin pour que l’Etat admette que ces tirs ont provoqué des maladies. Désormais, les victimes peuvent être indemnisées.
 

Peu d’indemnisations

Mais l’application de la loi se fait de façon très restrictive. Sur 859 demandes d’indemnisation, seules 16 ont été acceptées. Et quand les personnes touchées par les essais vont devant les tribunaux, l’Etat plaide régulièrement qu’il y a eu "un risque négligeable" d’apparition d’une maladie à cause de l’exposition aux essais.

Des avancées

 Le CIVEN, Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, vient de passer de la tutelle du ministère de la Défense à celui de la Santé. Une nouveauté qualifiée de "bonne nouvelle" par Jean-Luc Sans, le président de l’AVEN, Association des vétérans des essais nucléaires. Ce mardi, devant Cour d’appel administrative de Bordeaux,  neuf vétérans irradiés ont obtenu le droit d’être indemnisées par l’Etat.

Voici le portrait d’un des plaignants de Bordeaux, qui a gagné son procès. Ancien marin à Mururoa, Claude Lequesne, vit à Listrac, dans le Médoc, non loin de Bordeaux. Il a ouvert son album-photos à Henri Helie et Albane Lussien, de France Ô/Outre-mer 1ère : 
 

Les 2 invités de « 7 en Outre-mer », samedi à 12h30 sur France Ô, sont :
- Jean-Luc Sans, président de l'AVEN (Association des Vétérans des Essais nucléaires)
- Florent de Vathaire, directeur de recherche en épidémiologie, Inserm-Institut Gustave-Roussy