Bèlè de Martinique : l’aventure continue dans l’hexagone

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© Christelle Bertin et Art Senyo | Un "moman Bèlè", organisé au Parc départemental du Sausset en août 2014.

Depuis quelques années, la culture Bèlè – danse, musique et chants traditionnels de Martinique – connaît un regain d’intérêt dans l’hexagone. De nombreuses associations ont vu le jour, et tentent de réaffirmer l’identité martiniquaise dans un esprit de partage.

Philippe Triay
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L’an dernier, nous avions parlé sur ce site du renouveau du Bèlè dans l’hexagone. Qu’en est-il un an et demi plus tard ? Si l’on en croit Marie-Anne (dite Mamou) Orsinet-Florimond, que nous avions interviewée à l’époque, il se porte de mieux en mieux.
 
Cette professeur des écoles en région parisienne, d’origine martiniquaise, a fondé le site internet An Paj Bèlè (une mine d'informations sur l'histoire et l'actualité du Bèlè). Elle anime aussi une chronique du même nom sur Radio Fréquence Paris Plurielle (FPP, 106.3 FM) le troisième dimanche de chaque mois de 16h à 17h, dans l'émission Kòn Lanbi. Objectifs : transmettre et promouvoir la culture bèlè dans l’hexagone, informer le public des manifestations qui se déroulent.
 
« La culture bèlè, cela se vit, il y a une "vivance" bèlè » explique Mamou Orsinet-Florimond. Par cette reconnaissance et cette réappropriation de la culture traditionnelle martiniquaise, il y a également une volonté de transmettre aux néophytes. « Il y a une forte demande. Les gens en général, et les jeunes particulièrement, sont de plus en plus intéressés », souligne-t-elle.
 

A LIRE : Le renouveau du Bèlè de Martinique

 
« Le Bèlè m’a toujours touché, plus que la buiguine mazurka », renchérit pour sa part le pianiste martiniquais Hervé Celcal, installé à Paris, qui a sorti en avril 2013 un album de jazz dont le titre « Bel Air for piano », résume à lui seul sa démarche. « Le Bèlè est pour moi une identité musicale et aussi culturelle. Sans parler de la danse ou de la musique, c’est l’esprit du Bèlè qui m’a attiré, cet esprit qui reflétait vraiment notre culture martiniquaise, une manière de vivre d’avant. Je trouve qu’aujourd’hui nos musiques manquent d’histoires concrètes, de réel ».
 
Le site An Paj Bèlè comptabilise huit associations en région parisienne, une dans la région de Lyon et une à Toulouse. Les plus anciennes, comme Boukan ou Lékol Bèlè, ont environ 25 ans d’existence. Les autres, un peu plus de trois ans. Ces associations comptent entre une quinzaine et une soixantaine de membres selon leur implantation, d'après Mamou Orsinet-Florimond.
 

REGARDEZ la vidéo de l'enregistrement du premier album des Maîtres du Bèlè, à Sainte-Marie en Martinique 

Elles proposent des cours réguliers pour enfants et adultes, qui comprennent généralement des classes de danse et de percussions (tanbou et ti-bwa), ainsi que des stages. Avec l'association Bèlèspwa de Cachan (94), on peut aussi apprendre l’art du danmyé (Danmyé Janbé Dlo) ou ladja (danse martiniquaise qui mélange des techniques de combat sur des rythmes de danse, notamment bèlè). Certaines ont mis également en place des ateliers de créole, et compilent des archives sonores et bibliographiques.
 
Problème, les structures ne sont pas toujours au rendez-vous. « C’est dur d’obtenir des salles pour les associations », déplore Mamou Orsinet-Florimond. Quant à Hervé Celcal, il regrette le manque d’encadrement. « Cela nuit à la mise en valeur, mais c’est toutefois un bon début », reconnaît le musicien, qui prépare actuellement un nouvel album « encore dans l’esprit bèlè, mais dans une autre phase ». Le CD est prévu pour 2015. Dans un objectif de transmission de l’héritage bèlè, Hervé Celcal va aussi publier le recueil de partition de « Bel Air for piano » au début de l'année prochaine.
 

A LIRE : Hervé Celcal, quand le jazz rencontre le Bèlè

 
Les associations organisent fréquemment des « swaré (soirées) bèlè » et des « moman bèlè » qui rassemblent les membres, leurs familles et les amoureux du Bèlè. L’information circule principalement par les réseaux sociaux, ou de manière informelle, entre initiés et passionnés du Bèlè. « Il y a un système de parrainage », précise souligne Mamou Orsinet-Florimond, « ce qui confère au Bèlè une forme de protection. Dans cette culture, on sait qui on est ».
 
Dans l’hexagone, les pratiquants du Bèlè ne sont pas coupés de leurs racines. Les associations travaillent entre autres à développer des passerelles pour créer des échanges et soutenir des actions concrètes avec leurs homologues martiniquaises, regroupées notamment au sein de la Coordination Lawonn Bèlè. Coordination qui a pour principaux objectifs « d’assurer l’information du monde bèlè et de la population, et de contribuer à l’unité et à l’organisation du monde bèlè autour de principes communs. » La renaissance du Bèlè est en marche.
 
VOIR aussi : le site An Paj Bèlè et la page Facebook An Paj Bèlè 
La page Facebook de La Maison du Bèlè à Sainte-Marie en Martinique