Le point sur le chikungunya en Outre-mer

Campagne de démoustication à La Réunion
© RICHARD BOUHET / AFP | Campagne de démoustication à La Réunion

Vingt-trois cas ont été récemment détectés à Tahiti. Jusqu’à présent, la Polynésie française n’a jamais connu d’épidémie de chikungunya. Ce virus transmis par le moustique a déjà touché La Réunion, Mayotte, les Antilles, la Guyane et la Nouvelle-Calédonie.

Cécile Baquey
Publié le , mis à jour le

Les derniers chiffres rendus publics par la CIRE (la cellule de l’Institut de veille sanitaire en région) ne laissent guère place au doute. L’épidémie de chikungunya qui a sévi aux Antilles et en Guyane depuis décembre 2013 est sévère. Au total, plus de 154 000 personnes ont été affectées par ce virus transmis par le moustique Aedes aegypti. 131 décès indirectement causés par le chikungunya ont été recensés.

Les moustiques, vecteurs de la maladie
© DR | Les moustiques, vecteurs de la maladie

Epidémie aux Antilles et en Guyane

C'est à Saint-Martin qui est à l'origine de l’épidémie apparue aux Antilles françaises que les premiers cas ont été détectés en décembre 2013. Au total, après plusieurs mois dépidémies 4 200 cas de chikungunya y ont été recensés par la CIRE, 1 025 à Saint-Barthélémy. La Guadeloupe arrive largement en tête de ce triste classement. L’épidémie a touché près de 80 000 personnes, tandis qu’en Martinique, on compte 66 000 cas depuis le début de cette vague de chikungunya. Toutefois, la Martinique détient le triste record du nombre de morts indirectement liés au virus, avec ses 69 décès. Enfin en Guyane, l’épidémie a été plus modérée avec 2 900 cas dont 51 % à Cayenne.  
Photo chikungunya prévention
© Nicolas Derne / AFP | D'après les derniers chiffres communiqués par la CIRE, 154 000 personnes ont été touchées par l'épidémie de chikungunya depuis décembre 2013 dans les Antilles-Guyane.

Quelques cas en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie

En Polynésie, l’Institut Malardé vient de rendre public la découverte de 23 cas de chikungunya à Tahiti. C’est la première fois que la Polynésie est touchée par ce virus. En Nouvelle-Calédonie, en mars dernier, 30 personnes avaient contracté le chikungunya selon l’Institut Pasteur.

 

 
La grande épidémie de La réunion 

Dans l’Océan Indien, le virus est selon l’Institut Pasteur vraisemblablement originaire d’Afrique de l’Est. En mars 2005, l’épidémie s’est propagée rapidement à l’île de La Réunion. Sur cette île, la transmission s’est faite principalement par le moustique Aedes albopictus plus connu sous le nom de moustique tigre. Au total, environ 270 000 personnes ont été infectées. 243 certificats de décès dans lesquels le Chikungunya est mentionné ont été recensés, les trois-quarts concernant des personnes âgées de plus de 70 ans.
Démoustification à La Réunion en 2005 pour tenter de freiner l'épidémie de chikungunya
© RFO | Démoustification à La Réunion en 2005 pour tenter de freiner l'épidémie de chikungunya

Des chiffres sous-estimés à Mayotte

En parallèle, dès fin mars 2005, Mayotte a été également touchée par l’épidémie de chikungunya. Au total et pour l’ensemble de la période épidémique, 7 148 cas de Chikungunya ont été déclarés par les médecins à Mayotte. Ce chiffre ne reflète toutefois pas l’ampleur réelle de l’épidémie, car de nombreux patients n’ont pas eu recours aux services médicaux et n’ont donc pas été comptabilisés. Une enquête menée par l’ INVS a montré qu’environ un quart de la population de Mayotte déclarait avoir présenté des symptômes proches du chikungunya. Aucun certificat de décès portant la mention "Chikungunya" n’a été reçu par la Dass de Mayotte.

 

Le virus du chikungunya est transmis à l’homme par des piqûres de moustique (de genre Aedes). Il provoque chez les patients des douleurs articulaires aiguës. Les traitements existants sont uniquement symptomatiques.  En langue Makondée, chikungunya signifie "qui marche courbé en avant", et évoque la posture adoptée par les malades en raison des intenses douleurs articulaires.



A quand un vaccin contre le chikungunya ?

L'Institut Pasteur y travaille depuis 2010. Frédéric Tangy, responsable de l'Unité vaccination joint par La1ère.fr nous affirme que ce vaccin est en bonne voie. "Nous avons fait les tests de phase 1. Dès la première injection, les individus ont développé des anticorps neutralisant le virus du chikungunya. Ce sont donc des résultats très encourageants". Ce vaccin fonctionne comme celui contre la rougeole. "Il pourrait, selon Frédéric Tangy, servir aux voyageurs". Mais il reste à obtenir les accords des Agences du médicament aussi bien en Autriche, siège du laboratoire Thémis qui travaille sur ce projet avec Pasteur, qu'en France. "Il faudra ensuite procéder aux tests de phase 2. Normalement ce genre de tests durent deux à trois ans, précise Frédéric Tangy. On essaie d'accélérer le plus possible le processus".