Les Réunionnais de la Creuse se retrouvent dans le Cantal

Jeunes Réunionnais au foyer de Quézac
© DR | Jeunes Réunionnais au foyer de Quézac

En février dernier, une résolution a été votée à l’Assemblée nationale reconnaissant la responsabilité de la France dans l’affaire des 1600 enfants réunionnais exilés. Que faire après cette résolution ? C’est l’objet de cette rencontre dans le Cantal.

Cécile Baquey
Publié le , mis à jour le

On les appelle les Réunionnais de la Creuse. Entre 1963 et 1982, plus de 1600 enfants, orphelins ou non, ont été arbitrairement déplacés de leur île natale. La majorité est partie dans la Creuse, d’autres se sont retrouvés dans le Gers et le Cantal, notamment à Quézac. C’est dans ce petit village de 318 habitants qu’une cinquantaine d’enfants Réunionnais ont été accueillis contre leur volonté au foyer du Sacré-cœur. Et c’est donc là qu’une trentaine de Réunionnais de la Creuse et leurs proches ont choisi de se retrouver ce week-end.
 

Quézac
© Génération brisée | Quézac dans le Cantal

Ericka Bareigts à Quézac

La députée de La Réunion Ericka Bareigts qui a défendu le 18 février dernier la résolution à l’Assemblée nationale dans laquelle la France fait son mea-culpa sera présente. Entre 1963 et 1982, 1600 enfants réunionnais, orphelins ou non, ont été arbitrairement déplacés de leur île natale. Michel Debré, alors député de La Réunion avait imaginé ce dispositif. On a appris que beaucoup plus tard qu’il s’agissait en fait d’un plan destiné à repeupler certains départements français touchés par l’exode rural.
 
Ericka Bareigts
© PIERRE VERDY / AFP | Ericka Bareigts à l'Assemblée nationale

Réparations

Valérie Andanson
Pour Valérie Andanson, (en photo) vice-présidente de l’association Rasinn Anler et l'une des organisatrices de ce week-end, « il faut désormais penser à l’après-résolution. Certes, l’Etat a reconnu ses torts. Il faut maintenant obtenir réparation ». Cette Réunionnaise qui comme ses frères et sœurs a connu l’exil à l’âge de 3 ans estime qu’il serait normal qu’une réparation soit faite sous forme de billets d’avion vers La Réunion. « Il faudrait, ajoute-t-elle, qu’il y ait également  une réparation psychologique. Dans ma famille, par exemple, mon frère s’est pendu à l’âge de 32 ans ». La vice-présidente de Rasinn Anler plaide également pour qu’une personne soit chargée par le gouvernement de faire des recherches et d’avoir accès aux dossiers afin que la vérité soit faite. Valérie Andanson aimerait enfin que cette affaire des Réunionnais de la Creuse soit enseignée à l’école et qu’elle soit étudiée.
 

Le foyer de Quézac

Lors de ce week-end, les Réunionnais de la Creuse vont aussi découvrir Quézac. Trois d’entre eux ont vécu plusieurs années dans le foyer alors tenu par des curés et des bonnes sœurs du Sacré-cœur : Jean-Charles Pitou, président de l’association Génération brisée, Henry Annony et Serge Tétry. « J’avais 9 ans quand je suis arrivé à Quézac, se souvient Jean-Charles Pitou. J’avais horriblement froid. Je me souviens en octobre, il neigeait. Les curés et les bonnes sœurs étaient assez gentils. On allait ramasser des châtaignes et je me rappelle qu’en les vendant, les bonnes sœurs sont revenues avec une télé en noir et blanc. On pouvait regarder Nounours et Zorro ».
 
Jean-Charles Pitou à droite (chemise bleu)
© DR | Jean-Charles Pitou à droite (chemise bleu)

L’avion à hélice

De son côté, Serge Tetry n’a que des mauvais souvenirs. « Je ne sais même pas pourquoi, je suis arrivé à Quézac. J’étais à l’orphelinat à Hell-Bourg, on m’a donné une valise et on m’a dit, tu vas prendre l’avion. Rien que de prendre l’avion, j’étais content. On était bête, on ne savait rien. Arrivé à Quézac, je fuguais souvent et au bout de plusieurs années on m’a envoyé en maison de correction à Toulouse avec des voleurs, alors que je n’avais rien fait de mal. Je voulais me suicider. Aujourd’hui, il y a toujours en moi un dégoût de la vie ».
 

« Certains nous prenaient pour des chiens »

Henry Anony lui aussi a très mal vécu cette période de sa vie. « Quand on n’était pas au foyer de Quézac, on allait travailler dans des fermes ou chez des patrons-boulangers. Certains nous prenaient pour des chiens. On était révolté, mais on ne pouvait rien dire ». La députée de La Réunion va visiter ce foyer de Quézac où selon Jean-Charles Pitou une cinquantaine d’enfants réunionnais sont passés. 

Le dossier de la1ere

Lors du vote de la Résolution mémorielle, la1ere.fr avait consacré une série d'articles aux Réunionnais de la Creuse, retransmettant également les débats de l'Assemblée nationale dans leur intégralité. L'ensemble de ces articles est à retrouver par ici