Continuité territoriale : la grogne monte

avion KLM St martin
© PATRICK VAN KATWIJK / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE/AFP

Après l'annonce d'une réduction de l'aide à la continuité territoriale par la ministre des Outre-mer, les élus UMP de La Réunion grognent. Victorin Lurel a lui aussi fait part de son désaccord. Patrick Karam, le président du CREFOM lui emboîte le pas de manière plus feutrée. Récit en cinq actes.

Cécile Baquey
Publié le , mis à jour le

Acte 1 Présentation du budget

Le mercredi 1er octobre, George Pau-Langevin présente son budget. La ministre est assez fière car ses crédits sont en hausse de 0,3%. "Dans un contexte de forte tension budgétaire, ce budget traduit une volonté réaffirmée au profit des Outre-mer du président de la République et du Premier ministre", déclare George Pau-Langevin lors de sa conférence de presse. Mais il y a un hic, et il ne passe pas inaperçu, l'aide aux billets d'avion sera "rationalisée". La ministre s'attaque donc au principe de continuité territoriale. Elle précise que cette dotation ne sera plus versée chaque année, mais tous les trois ans, notant une "explosion" de son montant et que les plafonds de cette aide "tous publics" passeront  en 2015 à "80% de leur niveau actuel".
George Pau-Langevin au MEDETOM
© LS | George Pau-Langevin

Acte 2 Colère à La Réunion

"Trahison", ont crié en chœur des élus de droite de l'île, dont le président de la Région. Didier Robert (UMP) qui a annoncé le maintien du dispositif actuel. Pour compenser la baisse de la subvention, il a menacé de faire payer à l'Etat le loyer des 342 logements de fonction, mis gracieusement par la Région, à la disposition des fonctionnaires dans les établissements scolaires de l'île. Instaurée en 2010 et cofinancée par la Région et l'Etat, l'aide forfaitaire à la continuité territoriale, versée sous conditions de ressources dans les Dom, a permis à 350.000 Réunionnais de bénéficier d'une prise en charge de 360 euros sur l'achat de leur billet d'avion Réunion-Métropole. Le prix d'un billet aller-retour oscille entre 750 euros en basse saison et 1000 à 1500 euros en haute saison. 

Didier Robert, Président du Conseil Régional
© Richard Bouhet/AFP | Didier Robert, président du Conseil régional de La Réunion

Acte 3 Le désaccord de Victorin Lurel

Hier sur Outre-mer 1ère, l’ancien ministre des Outre-mer, Victorin Lurel a réagi à la réduction de cette dotation. "J'ai fait savoir ma différence (...) je suis étonné par la mesure, car la continuité territoriale sur les billets d'avion s'adresse à des gens qui ont peu de moyens". En quelques mots, Victorin Lurel, ancien ministre des Outre-mer, s’est désolidarisé sans ambiguïté de la mesure contenue dans le projet de budget 2015. Le député socialiste précise qu'en tant que président du conseil régional de Guadeloupe, il tentera "de compenser la mesure". Proche de François Hollande, il affirme qu'il dira ce qu'il pense de cette mesure symbolique "en toute liberté au président". Une interview à écouter ici :


Acte 4 Patrick Karam : "dans la même logique"

Au CREFOM (Le Conseil Représentatif des Français d’Outre-mer), le discours se veut beaucoup plus modéré. Pour son président Patrick Karam, joint par La1ere.fr, "grâce à George Pau-Langevin (l’actuelle ministre des Outre-mer), le budget est sacralisé. C’est une performance qu’il faut saluer en période de crise. Mais, ajoute Patrick Karam, il est vrai que cette dotation qui vise à une meilleure fluidité des relations entre l’Outre-mer et l’hexagone est une question essentielle. D’autant plus qu’on est très loin des montants alloués à la Corse. Toutefois, ce n’est pas parce qu’il y a une baisse de cette dotation qu’il faut ruer dans les brancards". Quand la1ere.fr lui fait part de la réaction de son ami Victorin Lurel, hostile à cette mise en cause de la continuité territoriale, Patrick Karam affirme : " je suis dans la même logique que lui. Cette dotation est une mesure importante et symbolique qui témoigne du lien entre l’Outre-mer et l’hexagone. Mais, ajoute le président du CREFOM, je me refuse à polémiquer, car je trouve que George Pau-Langevin fait bien son travail".
Patrick Karam
© OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

Acte 5 Pas de réaction de Sophie Elizéon

De son côté, Sophie Elizéon, la déléguée interministérielle pour l’égalité des chances des Français d’Outre-mer ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet. Selon son service de presse, "cette dotation s’adresse aux ultramarins hors de l’hexagone et  ne fait pas partie de ses prérogatives", preuve peut-être que le sujet est sensible, en particulier à La Réunion dont Sophie Elizéon est originaire.
Sophie Elizéon
© DR | Sophie Elizéon avec le Défenseur des droits Dominique Baudis en octobre 2013 à Paris