Les dissidents antillo-guyanais mis à l'honneur pour la première fois à Paris

Les dissidents antillo-guyanais Jeanne Catayée, Léopold Léon et Salinière Segor
© Léia Santacroce | Les dissidents antillo-guyanais Jeanne Catayée, Léopold Léon et Salinière Segor

A quelques jours des commémorations du 70ème anniversaire du débarquement en Normandie, six dissidents originaires des Antilles et de la Guyane ont assisté lundi au dévoilement d'une plaque commémorative à l'Hôtel des Invalides, à Paris. C'est le premier hommage national rendu à ces résistants.

Léia Santacroce
Publié le , mis à jour le

"C'est un peu tardif, mais cet hommage est très très émouvant", confie la dissidente Jeanne Catayée, 93 ans. Sous son petit chapeau noir, la Guyanaise participait ce lundi à la cérémonie dédiée aux résistants antillo-guyanais à l'Hôtel des Invalides, à Paris. Pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 2000 et 5000 jeunes ont quitté la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane pour entrer en dissidence. Une plaque a été dévoilée en leur honneur par la ministre des Outre-mer, George Pau-Langevin, et le Secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Kader Arif. "Aux dissidents de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane. Refusant la défaite, ils ont bravé les océans pour rejoindre la France Libre et se sont battus en héros pour sauver la patrie", peut-on lire sur le bloc de pierre (voir notre diaporama en bas de page).
 

Elle a gardé le silence pendant près de 60 ans

Jeanne Catayée fait partie de ces héroïnes. Dimanche, François Hollande lui a remis la Légion d'honneur. "Je suis passée chez le marchand de bonbons, dit-elle avec malice. Regardez ce qu'il m'a donné !", lance-t-elle en arborant une ribambelle d'insignes sur sa veste bleue. En 1943, avec une vingtaine de jeunes filles et quelque 1500 hommes, elle a quitté la Martinique pour rejoindre la France Libre. Direction Casablanca, avant Marseille puis Royan, en Charente-Maritime (voir la p.4 du document en bas de page). "Les autres filles étaient infirmières, ambulancières… Moi, j'étais secrétaire. Je recevais des messages de Londres et je les retranscrivais pour mon commandant.""Son commandant", comme elle l'appelle, lui a sauvé la vie (écoutez son récit audio ci-dessous, au micro de Célia Cléry pour Radio Outre-mer 1ère).
 

La dissidente Jeanne Catayée, très émue, au micro de Célia Cléry

La dissidente Jeanne Catayée, très émue, au micro de Célia Cléry
 
Cette histoire, Jeanne Catayée l'a longtemps gardée secrète, comme l'explique l'une de ses filles. "Il a fallu le documentaire d'Euzhan Palcy ("Parcours de dissidents", sorti en 2006, ndlr) pour que ma mère nous raconte !, s'exclame-t-elle. Avant, nous ne nous doutions de rien…" Regardez cet extrait de Parcours de dissidents (Jeanne Catayée prend la parole à partir de 2'02 environ) :
 


Un dissident guadeloupéen : "De Gaulle ? On l'a entendu au bistrot !"

Aux côtés de Jeanne Catayée, cinq autres dissidents ont été conviés à la cérémonie parisienne. Parmi eux, le Guadeloupéen Salinière Segor. Du haut de ses 94 ans, c'est le doyen de la délégation. Quand on lui demande où il a entendu l'appel du général de Gaulle, il répond du tac au tac : "Dans un bistrot de Petit-Bourg ! Il n'y a que là qu'on captait la radio". En 1943, il rejoint l'île britannique de la Dominique, puis les Etats-Unis. S'en suit le débarquement en Provence en août 1944. "De Toulon, on est allés jusqu'à Belfort, Colmar, Mulhouse, Sélestat en Alsace…", Salinière Segor n'en finit plus d'énumérer ces villes où il a eu si froid. A l'instar de ses cinq camarades dissidents, il n'a de cesse de clamer qu'il a une pensée émue pour "tous ceux qui ne sont pas là" : tous ses amis morts au combat.
 
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter ce document élaboré par l'Office national des anciens combattants :


Retour en images sur cette cérémonie

Cérémonie d'hommage national en l'honneur des dissidents antillo-guyanais