La chanteuse guadeloupéenne Moune de Rivel nous a quittés

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© DR | La chanteuse guadeloupéenne Moune de Rivel est décédée jeudi matin à Paris, à l’âge de 96 ans

La chanteuse et comédienne guadeloupéenne Moune de Rivel s’est éteinte jeudi matin à Paris, à l’âge de 96 ans. Retour sur une carrière artistique commencée à Paris en 1933, poursuivie avec brio aux Etats-Unis ainsi que dans toute l’Europe et les Caraïbes. 

Philippe Triay
Publié le , mis à jour le

De son vrai nom Cécile Jean-Louis Baghio'o, Moune de Rivel est née à Bordeaux le 7 janvier 1918 de parents guadeloupéens, Henri Jean-Louis Baghio'o et Fernande De Virel.
 
Sa mère étant diplômée du Conservatoire de Paris (violon et piano) et professeur de musique, c’est presque tout naturellement que la petite Moune s’initie aux instruments de musique et à la chanson, d’autant que la maison familiale est un lieu de passage de nombreux artistes antillais de l’époque (Alexandre Stellio, Archange Saint-Hilaire, Marie-Madeleine Carbet, Léona Gabriel…)
 

Premier récital à 15 ans

Agée de 15 ans, Moune de Rivel débute sa carrière en donnant son premier récital au cabaret La Boule blanche à Paris, accompagnée au piano par sa mère. Dès la fin des années trente - elle a alors une vingtaine d’années - Moune est déjà célèbre dans les cabarets parisiens en vogue : La Tomate, La Canne à sucre, Le Cabaret des fleurs… Elle joue alors avec l’orchestre du guitariste et trompettiste martiniquais Pierre Louiss, et les concerts battront leur plein même pendant l’occupation de la capitale française par les Allemands.
 
Repérée à la fin de la guerre par un militaire américain, par ailleurs agent d’une compagnie de disque, Moune de Rivel signe un contrat de deux mois avec le café Society de New York. Elle restera finalement deux ans aux Etats-Unis, et épousera le pianiste de jazz Ellis Larkins. Elle joue aussi dans le film « Night Club Room ».
 

AUDIO. Ecoutez « Morne à l’Eau » de Moune de Rivel 


A son retour à Paris, Moune retrouve La Canne à sucre et d’autres cabarets à la mode, puis elle entame une tournée européenne qui la conduira entre autres en Suisse, en Allemagne, en Italie, en Suède et en Finlande. Elle se rendra également dans les Caraïbes et l’océan Indien. Comme comédienne, elle participe à une dizaine de films aux côtés notamment de Claudia Cardinale, Véronique Jeannot et Alain Delon.
 
A l’orée de l’indépendance de la Haute-Volta en 1960 (rebaptisé le Burkina Faso en 1984), la chanteuse est sollicitée par les autorités de l’ancienne colonie française pour participer à la composition de l’hymne national du nouveau pays. Elle sera récompensée pour cela de la distinction de « Chevalier de l'ordre national de la Haute-Volta ».
 

VIDEO. Moune de Rivel chante « C’est pas possible » en décembre 1994 sur Guadeloupe 1ere


Dans les années soixante, Moune de Rivel ouvre un cabaret sur les Champs-Elysées à Paris, « Le Perroquet du nid ». Elle y interprète les chansons de son répertoire et invite des orchestres en vogue. Elle fonde également une école de danses et de chants traditionnels, dont l’objectif est de faire émerger de jeunes talents antillais, guyanais et réunionnais. Un projet similaire verra le jour en 1995, avec la création par l’artiste du conservatoire « Misik an nou » dédié à l’étude et à la transmission du patrimoine musical créole.

Outre la musique et le cinéma, Moune de Rivel était férue de littérature et de peinture. Elle a notamment publié plusieurs ouvrages, dont un livre de contes aux éditions Présence africaine, intitulé « Kiroa ». En 1997, elle a été faite Chevalier des Arts et des Lettres en France. 

AUDIO. Moune de Rivel chante « La grève » (1960) 

 

L'actu en vidéo

Le reportage d'Henri Hélie Denis Rousseau-Kaplan et Daniel Quellier