Nickel : crise en Crimée, embellie en Nouvelle-Calédonie ?

koniambo
© Alain Jeannin | Géologue calédonien de la SMSP sur le massif du Koniambo

La crise ukrainienne et ses conséquences. La bourse russe est en forte baisse, près de 20% en un mois. A la bourse des métaux de Londres, le « métal du diable », le nickel est en hausse de plus de 9% sur la même période. 

Alain Jeannin Publié le , mis à jour le

Pour de nombreux analystes, la crise russo-ukrainienne serait responsable de la reprise des cours du métal au LME, la bourse des matières premières de Londres. Quoi qu’il en soit, la hausse du nickel est une bouffée d’oxygène pour les producteurs calédoniens.


Montagnes russes 

La baisse de l’indice boursier russe reflète le départ de nombreux investisseurs internationaux vers la bourse de Londres. En outre, au vu des tensions autour du référendum en Crimée, les grands producteurs russes d’acier inoxydable et de nickel métal rencontreraient depuis dix jours des difficultés croissantes à exporter vers l’Ouest.
Les tensions, les incertitudes, les menaces de sanctions ont grippé l’offre et la demande en nickel russe. Et cette production représente 11% de la production mondiale de nickel.
En cas d’embargo ou de sanctions, les importateurs occidentaux de métaux pourraient renoncer à leurs achats russes pour se tourner vers d’autres producteurs.
C’est le constat que fait le producteur australien BHP Billiton. Les cours du nickel ont grimpé de 7,5% cette semaine ce qui constitue une excellente nouvelle pour le quatrième producteur mondial de nickel mais aussi pour la SLN à Nouméa.


Des sanctions ? 

Si des sanctions se mettaient en place elles viseraient certains métaux non stratégiques comme le nickel. D’ores et déjà, anticipant un contexte international très tendu autour de l’Ukraine, certains grands opérateurs des marchés, comme les fonds d’investissements, auraient quitté leurs positions en Russie. Ils auraient renoncé à acheter des contrats à termes en matières premières exportées et notamment le nickel de NORILSK et l’acier inoxydable ukrainien. Ce dernier est produit par l’usine de Pobugsky. Pour la petite histoire, ce site industriel a par le passé importé du minerai à haute teneur en provenance de Nouvelle-Calédonie.

Un marché global et interactif

La situation internationale en mer noire profite donc au marché londonien du nickel. Il y a moins d’exportation en provenance de Russie et donc moins de nickel dans les entrepôts du LME ou du SME à Shanghai pour l’Asie. Une éclaircie qui est donc liée aux tensions en Crimée entre la Russie et l’Ouest mais aussi comme le souligne Stephen BRIGGS expert de BNP-Paribas « à l’embargo indonésien sur les exportations de minerais de nickel».
La hausse des cours du nickel est malgré tout fragile car elle repose sur des fondamentaux politiques plutôt que sur des réalités économiques. En attendant, la reprise soulage les producteurs calédoniens dont ERAMET. En dix jours, les pertes de l’usine de nickel SLN de Nouméa ont très sensiblement diminué.  A Londres comme à Shanghai, le nickel clôture la semaine sur une nouvelle progression à 15 720 dollars la tonne.