Réunionnais de la Creuse : revue de la presse hexagonale

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© DR | La Une du journal Libération du 19 février 2014

On trouve très peu de choses dans la presse écrite au lendemain du vote de la résolution de l’Assemblée nationale reconnaissant la « responsabilité morale » de l’Etat dans l’organisation de la migration forcée de plus de 1600 enfants réunionnais. Une question encore tabou ?

Philippe Triay
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La France a-t-elle peur d'affronter les pages sombres son histoire ? A part Libération, L’humanité et Le Monde, aucune édition papier des principaux quotidiens français n’a jugé bon de mentionner la résolution votée mardi à l’Assemblée nationale, qui « considère que l'Etat a manqué à sa responsabilité morale » dans le déplacement forcé de centaines d’enfants réunionnais, principalement vers la Creuse, dans les années soixante et soixante-dix. 
 
Dans les colonnes du Figaro, rien. Pas un entrefilet, pas une ligne suite à la résolution de l’Assemblée. Mais il fallait s’y attendre. Le quotidien de Serge Dassault, actuellement en garde en vue dans les locaux de l'Office central contre la corruption et les infractions financières et fiscales, est proche de l’UMP, qui a voté en bloc contre la résolution (sauf deux voix). A noter tout de même un article intitulé « Ces 1600 enfants réunionnais dont le sort intéresse les députés », publié mardi dans les colonnes du journal. Le quotidien Le Parisien, quant à lui, ignore superbement la question non seulement aujourd'hui mais également dans ses parutions papier des jours précédents. 

Si l’histoire ne se gomme pas, que le travail de mémoire et de transmission soit fait. Il importe, comme le demande la résolution, que l’histoire de ce méfait de la République soit connue, les témoignages de ses victimes recueillis, écoutés et respectés" (François Sergent, Libération)

 











Changement radical dans Libération, qui fait sa Une sur « Les orphelins de la République » et leur consacre ses trois premières pages intérieures. « Il ne devrait pas y avoir en France de mémoire perdue. Il ne devrait pas y avoir d’oubliés de l’histoire », note l’éditorial de François Sergent. « Jusqu’à présent », déplore le journaliste, « toutes les plaintes de ces enfants devenus adultes pour «enlèvement et séquestration de mineurs, rafle et déportation» ont été déboutées. Plusieurs rapports officiels niant l’évidence ont absous l’Etat. Les faits sont aujourd’hui, malgré leur gravité, prescrits ». Avant de conclure : « Si l’histoire ne se gomme pas, que le travail de mémoire et de transmission soit fait. Il importe, comme le demande la résolution, que l’histoire de ce méfait de la République soit connue, les témoignages de ses victimes recueillis, écoutés et respectés. »
 
De son côté, le quotidien L’Humanité consacre un article sur « Les témoignages poignants des enfants réunionnais déportés dans les années 1960 pour peupler les déserts français ». « Tous les témoins de cette histoire ont connu quelques-uns de leur camarades qui ont dû être internés pour dépression, voire des enfants de douze ans suicidés », relève l’auteur du papier, qui a rencontré certains des « Réunionnais de la Creuse » à l’Assemblée nationale mardi. « Aujourd’hui la résolution votée par l’Assemblée reconnaît la responsabilité de l’Etat français. Mais elle ne prévoit aucune indemnisation pour ces femmes et ces hommes, aujourd’hui ni vraiment réunionnais, ni réellement métropolitains », relève le journal.

Dans Le Monde paru mercredi après-midi, daté du 20 février, la journaliste des pages France revient sur le débat dans l'hémicycle. « Si l’Assemblée nationale ne peut pas réécrire l’histoire, elle peut contribuer à mieux la faire connaître, notamment dans ses périodes les plus sombres », écrit-elle. « Mercredi 18 février, en adoptant, à 125 voix contre 14, une résolution visant à reconnaître la responsabilité de l’Etat dans l’exil forcé d’enfants réunionnais, les députés ont permis à un volet de l’histoire française du XXe siècle d’entrer dans la lumière, et ses quelque 1600 victimes avec. »