Le projet de grand port de Guadeloupe "présente des lacunes importantes" selon l'Autorité Environnementale

Port Guadeloupe
© guadeloupe-portcaraibes.com

L'Autorité environnementale du Conseil général de l'environnement et du développement durable, le CGEDD, a rendu son avis sur le projet de grand port en Guadeloupe. Selon cet avis consultatif, «le dossier présente des lacunes importantes et nécessite d’être complété sur de nombreux points».

La1ere.fr Publié le , mis à jour le

Dans son rapport de 28 pages (consultable dans son intégralité à la fin de cet article), l’Autorité environnementale ne se prononce à aucun moment  sur l’opportunité du projet de Grand port maritime de Guadeloupe. Son cahier des charges porte uniquement sur les enjeux environnementaux et la qualité de l’étude d’impact qui lui a été transmis. Cet avis s’adresse au public, au maître d’ouvrage et à l’autorité chargé de prendre la décision quant à l’opportunité et à la faisabilité de ce projet. 

Le principal enjeu : les sédiments dragués

Pour l’Autorité environnementale, ce projet d’agrandissement du port de Guadeloupe comporte comme principal enjeu le dragage.
Sept millions de m3 de sédiments doivent être dragués, ce qui «représente des quantités énormes, c’est en gros 100 x 100 x 700 m, soit l’équivalent de deux tours Eiffel de hauteur. C’est l’un des projets, peut-être même le plus important, qui soit passé devant l’Autorité environnementale en termes de quantité de matériaux qui vont être dragués» explique à la1ere.fr Frédéric Cauvin, rapporteur à l’Autorité environementale du projet de port de Guadeloupe.
Plus de 90 % de ces sédiments vont être relargués en mer, à environ 10 kilomètres de la côte, en face de Pointe à Pitre, sur une profondeur de 200 mètres.
«Le principal enjeu environnemental de ce dossier est de savoir si le fait de creuser tous ces sédiments va poser des problèmes, si le fait de les relâcher en mer va avoir un impact sur l’environnement et savoir ce qui peut être fait pour éviter, réduire, compenser les impacts éventuels de ces travaux». Autant de questions qui restent sans réponse, d’autant que l’Autorité environnementale note que l’étude d’impact est particulièrement floue. La caractérisation de ces sédiments n’apparaît pas clairement.

Les échantillons sont-ils suffisants?

L’Autorité relève qu’il y a eu environ 55 échantillons réalisés pour attester de la qualité des sédiments. 45 de ces sondages ont été faits sur une couche d'un mètre en surface dans le port, alors que les travaux vont creuser beaucoup plus profondément. Or certaines des six carottes réalisées sur six mètres de profondeur mettent en évidence la présence de cuivre et d’arsenic. «On estime que sur 51 échantillons, quand il n'y en a que six qui ont été faits à des profondeurs représentatives de ce qui sera effectivement dragué, il est légitime de demander des analyses complémentaires. Au vu des dossiers qui nous ont été transmis, l’A.e ne comprend pas pourquoi il y a eu une cinquantaine d’échantillons qui ont été faits sur le premier mètre et uniquement six en profondeur».
 
Une autre question se pose, celle de la taille des sédiments. Seront-ils suffisamment denses pour gagner le fond de l’océan quand ils seront relâchés au large? Là encore, l’étude d’impact n’est pas claire. Or si ces sédiments sont trop fins ou vaseux, les courants pourront facilement les ramener près des côtes, impactant ainsi les écosystèmes marins.
 «Ce projet a forcément des impacts sur l’environnement et la question qui se pose selon l’A.e c’est de savoir, au vu de ces impacts, pourquoi prendre un terre plein de 10 hectares et pas de 25. Pourquoi il faut creuser 7 millions de m3 de sédiments et pourquoi ce projet plutôt qu’un autre», s’interroge Frédéric Cauvin. Des questions qui restent sans réponse.

L'impact sur la population et le milieu marin

L'étude d'impact aborde la qualité de l'eau, de l'air, le bruit, mais pas suffisamment selon l'Autorité qui "recommande de compléter l'étude par un volet santé conforme (...) au code de l'environnement."  
L’eau sera impactée avec une augmentation de la turbidité ce qui affectera directement les habitants et tous les usagers des plages mais aussi les récifs coralliens.
Usagers
Le projet n’indique par clairement l’usage des zones à proximité du projet : habitat, groupes scolaires, crèches, établissement de santé etc. Le dossier ne précise pas les usages des espaces concernés par le projet : nombre et taille des bateaux de pêche, plaisance, croisière, marchandises et si cela va avoir un impact sur la pêche. Or, «le dossier précise que toute activité de pêche est interdite dans la circonscription maritime du GPMG ». 
Milieu marin
Le milieu marin et les espèces seront affectés par une destruction directe des herbiers et récifs coralliens. 
Les herbiers étant des lieux où les tortues se reproduisent et se nourrissent, elles seront donc inévitablement impactées. Autres espèces directement concernées, les mammifères marins dont les grands dauphins et les baleines à bosses qui viennent quatre mois par an se reproduire dans les eaux de Guadeloupe.
L’A.e recommande un complément d’information concernant l’impact du bruit des travaux mais aussi des bateaux sur les poissons, les mammifères marins et les tortues. 

La pertinence économique du projet: manque de cohérence?

L’Autorité environnementale a également été saisie sur le projet de Grand port de la Martinique et a remis un avis le 9 janvier 2013. Or, le dossier concernant le port de Guadeloupe ne mentionne pas celui de la Martinique alors que les deux projets présentent de nombreuses similitudes. Il ne fait pas non plus cas des autres ports en projets dans le reste de la Caraïbe. « Ainsi, les questions de l’articulation, de la complémentarité ou, éventuellement, de la concurrence entre ces projets (Martinique et Guadeloupe) ne sont pas étudiées ».
« L’Autorité environnementale recommande donc un complément d’information, concernant la compatibilité des projets et s’ils ne sont pas en concurrence, comment tout cela s’articule? » précise Frédéric Cauvin.


Et maintenant? 

L’Autorité Environnementale attend maintenant les compléments d’informations suggérées au port de Guadeloupe. Mais, dans la mesure ou l'Autorité n'est qu’une instance consultative et non décisionnaire, le maître d’ouvrage peut très bien ignorer ces recommandations et ne jamais répondre.
Une enquête publique devrait bientôt commencer. Pendant plusieurs mois, la population de Guadeloupe pourra s’informer sur ce projet.
Ce sera enfin à la préfete de donner, ou non, son accord au projet du Grand port de Guadeloupe.


Le rapport complet de l'Autorité environnementale



Pourquoi ce projet de Grand Port Maritime de Guadeloupe?

Ce grand port maritime doit voir le jour à Jarry, sur le territoire de la commune de Baie Mahault, dans la baie de Pointe à Pitre. Le tirant d’eau du terminal de Jarry est actuellement limité à 11,5 mètres. Il peut donc accueillir les porte-conteneurs de « première et deuxième génération » mais non les grands porte-conteneurs navigant dans les Caraïbes dont la sixième génération peut transporter 16 000 EVP (équivalent 16 pied). Or, le trafic des grands porte-conteneurs devraient augmenter dans les années à venir, avec la mise en service des nouvelles écluses du canal de Panama en 2015.
Sans évolution du chenal et des infrastructures en Guadeloupe, l’attractivité du port guadeloupéen pour le trafic de transbordement en serait réduite, ce qui risquerait alors de le faire évoluer vers la « feederisation »
La feederisation, c’est le transbordement entre grands navires de ligne (navires-mères) qui font escale dans un nombre limité de ports, et de plus petits navires (navires nourriciers) qui acheminent les marchandises vers les ports de plus petite taille, que les armateurs ne desservent pas en ligne directe. Ces ports sont dits « feederisés ».