Marche contre le racisme: 30 ans plus tard où en est-on?

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Trente ans après la première marche pour l'Egalité et contre le racisme, plusieurs sondages révèlent que les discriminations liées aux origines restent omniprésentes.

Maïté Koda
Publié le , mis à jour le

C'était il y a trente ans. Le 15 octobre 1983, une trentaine de personnes quittent Marseille, à pied: direction Salon-de-Provence, puis Lyon. Le périple à travers la France se poursuit, les rangs des marcheurs grossissent. A l'arrivée, le 3 décembre ils sont plusieurs dizaines de milliers dans  les rues de la capitale.
 

Une marche venue de Vénissieux

Pendant un mois et demi, tout ce petit monde défile dans les rues de l'Hexagone pour dénoncer le racisme et réclamer plus d'égalité. Parmi le noyau de base, parti de Marseille, beaucoup d'originaires du quartier des Minguettes à Vénissieux. Dans ce quartier populaire, les affrontements entre les jeunes, souvent issus de l'immigration, et la police sont fréquents et particulièrement tendus. Une association SOS Avenir Minguettes, se crée, son président Toumi Djaïdja est blessé par une balle policière en juin 83. C'est lui le premier qui, avec le curé des Minguettes, a l'idée de monter une grande marche, sur le modèle des manifestations américaines.
 
Quelques mois plus tard le convoi se met en branle dans les Bouches-du-Rhône, et à l'arrivée dans la capitale, François Mitterrand reçoit une délégation. Le président de la République accepte alors d'étendre à dix ans la durée de la carte de séjour et de travail.
 

Quel bilan trente ans plus tard?

La marche est depuis devenue emblématique.  Pourtant, trente ans plus tard, à en croire les récents sondages et enquêtes d'opinion, la lutte contre le racisme a encore de beaux jours devant elle. Ainsi, selon un récent sondage Opinionway pour la Licra, seuls 19% des sondés ont déjà entendu parler de cette marche pour l'égalité, surnommée par les médias marche des Beurs.
 
Autres enseignements, si 74% des enquêtés estiment que le racisme est un danger, ils sont 59% à considérer qu'il a  plutôt augmenté au cours des trois dernières décennies.  Quant aux associations antiracistes,  type SOS racisme, née dans la foulée de la marche, elles sont inefficaces pour 70 % des sondés.
 

Les Ultramarins toujours stigmatisés

Si les initiateurs de la marche étaient en majorité d'origine maghrébine, ils sont plusieurs originaires d'Outre-mer à avoir rejoint le cortège au cours de l'automne 1983. Français depuis longtemps mais originaires de départements ou territoires éloignés de l'Hexagone, leur accent, leur couleur de peau sont encore aujourd'hui stigmatisés. Ils seraient 56% à déclarer souffrir de discriminations contre 23% pour les Français originaires de l'Hexagone. Le Défenseur des droits Dominique Baudis vient d'ailleurs de signer une convention pour améliorer la situation des ultramarins.

C'est ce même Dominique Baudis qui a commandé une enquête sur la discrimination à l'embauche. Et dans laquelle on apprend que si être immigré, enfant d'immigré ou ultramarin peut être un frein à l'emploi, la situation est encore plus compliquée pour les demandeurs souffrant d'obésité, ou encore pour les femmes enceintes, la grossesse étant considérée pour 87% des sondés comme la discrimination la plus fréquente au moment d'accéder à un emploi.