Expo. L’art kanak s’installe au Musée du quai Branly

« Kanak, l’art est une parole », quai Branly
© philippe triay/francetv | Image prise durant l'installation de l'exposition « Kanak, l’art est une parole », au Musée du quai Branly, le 4 octobre 2013

L’exposition « Kanak, l’art est une parole », ouvrira au Musée du quai Branly à Paris le 15 octobre. Le public pourra découvrir plus de 300 œuvres originales du patrimoine culturel kanak, réparties sur 2.000 m2. Reportage dans les coulisses de l'institution. 

Philippe Triay
Publié le , mis à jour le

En cette grise matinée du 4 octobre, de précieux emballages arrivent, escortés avec délicatesse. Les ouvriers et le personnel du Musée du quai Branly sont aux petits soins pour ces colis plus ou moins volumineux, sous l’œil vigilant des commissaires de l’exposition, Roger Boulay et Emmanuel Kasarhérou. Après deux ans de préparation, on arrive à la phase terminale de l’opération.  
 

Plus de 300 œuvres sur 2.000 m2

C’est que le jour J approche à grand pas. Le 15 octobre, l’exposition « Kanak, l’art est une parole » sera ouverte au grand public, jusqu’au 26 janvier 2014 (elle sera visible du 15 mars au 15 juin 2014 au Centre culturel Tjibaou à Nouméa). Plus de 300 œuvres, dont de nombreuses pièces inédites, venues de Nouvelle-Calédonie et prêtées également par des musées de Vienne, Berlin, Rome et Bâle, seront réparties dans des salles du quai Branly sur 2.000 m2.
 
Au milieu de l’effervescence de l’installation, l’atmosphère est quand même feutrée. On s’active certes, mais dans un musée, aux lumières douces et tamisées. Chaque salle dédiée à l’exposition kanak aura sa propre ambiance visuelle, une ou des couleurs soigneusement choisies lui donneront sa particularité.
 

« L’identité, l’enracinement et le passé » 

« Il y a également des dispositifs sonores qui font entendre des langues kanak, pour faire comprendre l’identité, l’enracinement et le passé », précise Emmanuel Kasarhérou, le commissaire de l’exposition. « Nous voulons faire comprendre comment chaque culture a sa manière d’agencer son réseau de sens au-delà des objets. Pour l’autre commissaire, Roger Boulay, et moi-même, présenter la culture kanak c’est revenir à la parole, à la source des choses qui est le langage et les mots. »
 
L’expo est organisée de manière à présenter à la fois la vision des Kanak sur leur culture ainsi que celle du monde occidental sur la Nouvelle-Calédonie, notamment au travers de grands tirages de photos d’archives pour ce dernier aspect.
 
Les installations kanak comprennent entre autres des appliques sculptées de maisons, des haches ostensoirs de jade, des statuettes et des masques ornementaux… Deux parcours s’entrelacent, à l’image de la Nouvelle-Calédonie : celui des « Cinq visages » au référent culturel kanak, et celui des « Reflets », regard occidental sur un monde dont il n’a pas toujours su saisir la richesse et la complexité.  

 

Emmanuel Kasarhéou, nc

« Kanak, l’art est une parole ». Décryptage


Emmanuel Kasarhérou est chargé de mission à l’Outre-mer au Musée du quai Branly, conservateur en chef du patrimoine et ancien directeur de l’Agence du Développement de la Culture Kanak et du Centre culturel Tjibaou en Nouvelle-Calédonie. Il explique le choix de l'intitulé de l'exposition. 

« Le titre de l’exposition évoque deux choses. D’abord le rappel que les objets plastiques procèdent avant tout d’une vision du monde. Cette vision du monde c’est la langue qui vous la donne. On est formaté par cette manière dont vos ancêtres ont formulé le monde et les rapports des choses dans le monde. Dire que « L’art est une parole », c’est rappeler que la langue est première. Pour comprendre les objets, on peut les apprécier simplement par leur forme, leur plastique, mais si on veut remonter en amont, c’est important de connaître les langues et la manière dont elles structurent les rapports aux ancêtres, aux autres et à l’espace etc.

La deuxième chose c’est le rappel que les cultures kanak sont des cultures orales. Très peu de gens écrivent les langues kanak. Elles vivent de manière immatérielle. Dans ces territoires l’immatérialité de la culture est souvent perçue comme beaucoup plus importante que son aspect matériel. Les objets sont secondaires, ils passent et trépassent. La langue et la parole demeurent, elles passent de génération en génération et créent un lien. Les « vieux », les sages kanak disent que les objets on les fait, on les utilise et on en refait d’autres, alors que la parole continue de s’exprimer au travers de chaque bouche. C’est cette immatérialité de la culture que nous voulons mettre en avant. »