Dominique Baudis s'alarme une nouvelle fois de la situation des mineurs isolés à Mayotte

Dominique Baudis
© Eric Feferberg/AFP

Le Défenseur des droits dénonce à nouveau la situation des 3.000 mineurs étrangers isolés qui vivent à Mayotte, et s'étonne qu'aucun projet en leur faveur ne soit présenté pour bénéficier d'un financement européen, possibilité qui expirera fin novembre.

La1ere.fr avec AFP Publié le , mis à jour le

Il y a environ 3.000 mineurs isolés sur cette île de l'océan Indien de 376 km2 peuplée d'environ 213.000 habitants, alors qu'on en compte entre 4.000 et 8.000 sur l'ensemble du territoire national, d'après un rapport du Défenseur des droits publié en avril. Au titre de "région ultrapériphérique", Mayotte pourra recevoir 200 millions d'euros de l'Union européenne à partir de 2014 mais doit pour cela présenter des projets concrets. Or "pour le moment, aucun des dossiers ne concerne la situation des enfants", déplore dans un entretien à l'Agence France Presse Dominique Baudis, dont l'une des 
quatre missions est la défense des droits des enfants. 
 

Le budget du conseil général 

En août, la Chambre régionale des comptes de Mayotte  a critiqué le budget du conseil général, remarquant que "les dépenses d'action sociale et médico-sociale, y compris l'aide sociale à l'enfance, ne représentent qu'environ 11% des dépenses réelles de fonctionnement du département. Si de  nouvelles recettes sont encaissées sur l'exercice, elles devront être affectées en priorité à ce domaine d'intervention qui constitue une compétence obligatoire du département", ont sermonné les juges financiers. Allant plus loin, Dominique Baudis souhaite que la compétence de l'aide sociale à l'enfance soit reprise en main par l'Etat, "au moins provisoirement". Dans son rapport d'avril, il avait dénoncé la situation "inacceptable" des mineurs étrangers isolés, évoquant une "bombe à retardement": "Ces jeunes, souvent abandonnés physiquement, dans le plus grand dénuement, en marge de la société deviendront bientôt des adultes dont la révolte pourrait avoir des conséquences dans toute la société mahoraise".
  

Pas assez de familles d'accueil  

"Il n'y a aucune structure pour accueillir ces enfants livrés à eux-mêmes qui, pour certains, réussissent bon an mal an à être recueillis par un voisin ou une âme charitable du quartier", dépeint Michel Rhin, porte-parole du Réseau éducation sans frontières (RESF) à Mayotte . "Pour les autres, ils vivent en bande, mendiant sur les parkings des supermarchés et se retrouvent le soir, plus ou moins sous la garde d'un +grand+, jeune majeur également livré à lui-même, pour dormir dans des abris de fortune". Ce militant plaide pour la création d'un centre d'accueil et le développement des familles d'accueil.


300 mineurs suivis par le département

Le département suit "un peu plus de 300 mineurs chaque année" via un réseau de 78 familles d'accueil, précise à l'AFP le président du conseil général Daniel Zaïdani. "Il y a des familles qui ont quatre, cinq, voire six mineurs. Le réseau actuel est saturé. Ça nécessite de trouver de nouvelles familles d'accueil. Ça ne se fait pas du jour au lendemain", fait-il valoir. Un observatoire des mineurs isolés a par ailleurs été créé en 2010. Le sociologue David Guyot, chargé par l'État d'une mission sur le sujet, estime que le nombre de mineurs isolés a baissé de 3.000 en 2012 à 2.700 en 2013, selon des données transmises par la préfecture. Cette baisse est attribuée à l'augmentation du nombre de mineurs empêchés d'entrer sur le territoire et à la baisse du nombre de femmes en situation irrégulière interpellées. Celles-ci étaient dans certains cas expulsées, laissant derrière elles leurs enfants.


Les fonds européens 

Parmi les dossiers présentés par le conseil général pour bénéficier de l'enveloppe européenne, Daniel Zaïdani reconnaît que "le projet consistant à créer des foyers pour mineurs n'a pas été priorisé".  "Si le conseil général considère que ce n'est pas sa priorité, d'autres acteurs, notamment associatifs, peuvent présenter des projets", suggère Dominique Baudis. "Si d'ici le 30 novembre 2013 il n'y a toujours pas de dossiers, ça signifie que la France et l'Europe n'ont rien fait pour les enfants de Mayotte".