Un rapport pour promouvoir les langues d'Outre-mer

Une ecole a Lifou
© STEPHANE FRANCES / ONLY FRANCE | Une école a Lifou

Un rapport sur la promotion des langues régionales a été remis le 15 juillet à la ministre de la Culture. Les auteurs se sont longuement penchés sur les spécificités des langues d'Outre-mer.

Maïté Koda
Publié le

Il faut promouvoir les  langues régionales. Les défenseurs de la cause le répètent inlassablement. Ils viennent de remettre un rapport en ce sens à la ministre de la Culture Aurélie Filippetti.
Le "Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité linguistique interne" propose  ainsi le vote par le Parlement d'une loi à "haute valeur symbolique"  et la mise en place d'une grande campagne de sensibilisation".
 
 
En 1999, à l'occasion d'un rapport sur la question, le linguiste Bernard Cerquiglini a dénombré pas moins de 75 langues régionales et minoritaires dans l'Hexagone et Outre-mer. Le rapport remis le 15 juillet rappelle d'ailleurs la "richesse linguistique considérable des Outre-mer" où l'on retrouve les deux tiers des langues parlées en France, et "notamment la Nouvelle-Calédonie où vingt-huit langues sont parlées".
 
 

Les Outre-mer, un groupe à part

Ces langues d'Outre-mer occupent une place à part et le Comité leur a dédié un groupe particulier. Les créoles martiniquais, guadeloupéens, guyanais et réunionnais, mais aussi les langues amérindiennes, hmong, kanak, mahoraises ou polynésiennes doivent, estime le rapport, "bénéficier d'une approche spécifique". Pour ce faire, les membres se sont basés sur plusieurs constats.
 
 

Une large palette, du créole au mélanésien

Si un grand nombre des habitants de Guadeloupe, Martinique et la Réunion pratiquent la langue française, certains ne la maîtrisent pas. En revanche "tous les habitants nés sur le territoire ou presque comprennent le créole, ainsi que les résidents de passage lorsqu'ils s'enracinent".
Le comité demande aux pouvoir publics de distinguer, au sein des langues d'Outre-mer, les langues de large diffusion des langues très minoritaires.  Il note par ailleurs  que même si le créole s'impose dans les médias, l'art et la littérature, des signes de régression ont été observés en Guadeloupe et en Martinique.
 
 

Un enseignement disparate

Sur le plan de l'éducation, les Outre-mer se démarquent de nouveau puisque les langues régionales sont enseignées dans  toutes les académies ultramarines. Après la forme peut faire défaut. Ainsi, le créole est enseigné en maternelle ou en primaire, mais reste trop souvent abordé comme une langue étrangère par la suite, et non comme la langue maternelle de nombre d'élèves. "De surcroit, il n'y a que peu d'enseignements de l'histoire ou de la culture locales". 
En ce qui concerne les langues rares de Guyane ou de Nouvelle-Calédonie, ce sont encore trop souvent les enseignants qui font défaut.
 
 
Le  comité qui  estime que l'information sur l'apprentissage du créole ne devrait pas se cantonner aux départements d'Outre-mer,  imagine également l'élamboration par l'Inspection générale de l'Education nationale. "Cette mission aurait, pour chaque territoire des Outre-mer, à établir un diagnostic et à faire des propositions sur les principes spécifiques et les méthodes particulières susceptibles de promouvoir l’usage des langues des Outre-mer à l’école ".
 
Parmi les pistes avancées: apprendre à lire et à écrire dans sa langue maternelle, et non systématiquement en français come c'est le cas aujourd'hui; mieux former les enseignants avec par exemple la mise en place d'un CAPES de créole réunionnais, différent du CAPES de créole guadeloupéen ou martiniquais.
 

Les Etats généraux du multilinguisme dans les Outre-mer

En 2011, à Cayenne, des dizaines de recommandations avaient été établies concernant les différentes pratiques de toutes ces langues. Celles-ci concernaient leur prise en compte, leur transmission où encore leur présence sur la toile. Un travail qui, selon le comité devrait fournir une "remarquable base de travail" au gouvernement.
 
 
Le Comité consultatif a été mis en place  6 mars par la ministre de la Culture. Il doit permettre de mettre en place une politique nationale en faveurs des langues alors que la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires n'est plus à l'ordre du jour.