Nouvelles révélations sur les retombées des essais nucléaires en Polynésie

Nucléaire mororoa
© AFP images | Un essai nucléaire tiré à Moruroa en 1971

Cinquante huit documents portant sur les essais nucléaires polynésiens entre 1966 et 1974, jusqu'alors classés secret défense ont été déclassifiés. Leur contenu révèle une zone radioactive beaucoup plus importante qu'annoncée, et la contamination de Tahiti par des pluies au plutonium.

Maïté Koda
Publié le , mis à jour le

Ces documents  devraient être décortiqués avec attention par les associations de victimes. Le premier essai nucléaire en Polynésie a eu lieu le 2 juillet 1966. Quarante-sept ans plus tard, entre civils et militaires, nombreux sont ceux qui se déclarent victimes de ces essais, affirmant avoir été contaminés par les retombées radioactives. La déclassification de nouveaux documents  concernant 149 nouvelles mesures de radioactivité en Polynésie devrait donner du poids à leurs arguments.
 

La loi Morin remise en question

Jusqu'à présent, les associations font face à un gouvernement peu enclin à leur reconnaître leur statut. Depuis 2010, la loi Morin détermine la reconnaissance et l'indemnisation des victimes. Celles qui souhaitent déposer un dossier doivent répondre à des critères stricts, tant sur le plan, des maladies reconnues que sur les zones géographiques concernées.
 
Or sur ce dernier point, les nouveaux documents déclassifiés pourraient  changer la donne. Jusqu'à présent, pour le gouvernement, seulement 21 îles et atolls polynésiens, situés à l'est de Mururoa étaient susceptibles d'avoir été contaminés. Les mesures qui viennent d'être révélées par l'armée parlent quant à elles d'une contamination s'étendant à l'ensemble de la Polynésie.
 

Pluies de plutonium

Autre information importante: les retombées de plutonium sur Tahiti. Devant l'évidence, l'armée avait finit par reconnaître que l'île polynésienne, située à plus de 1 400 kilomètres de Mururoa avait été contaminée par les retombées du tir Centaure le 17 juillet 1974. Mais jamais elle n'avait évoqué les pluies de plutonium qui se sont abattues sur la presqu'île les jours qui ont suivi. Au total, 37 retombées ont été mesurées sur Tahiti.  Et pour cause. Les taux relevés sont particulièrement élevés: la radioexpositon est montée jusqu'à 500 fois la concentration maximale admise par heure . Le tir a en effet contaminé des nuages au dessus de Mururoa, qui se sont ensuite déversés sur Tahiti. Les eaux de pluie, chargée en métal lourd et extrêmement cancérigène,  ont irrigué les sols et les champs, quand elles n'ont pas été directement recueillies pour être consommées.
Bruno Barillot, ex- délégué du gouvernement Polynésien pour le suivi des conséquences des essais nucléaires, fraichement débarqué par Gaston Flosse  assure que l'armée lui avait menti à ce sujet.

Bruno Barillot

Ecouter Bruno Barillot au micro de Polynésie 1ere

 
Enfin les militaires ayant participé aux opérations  aussi sont nombreux à réclamer des indemnités, notamment via l'AVEN, l'association des vétérans des essais nucléaires. Là aussi, les documents devraient les aider dans leurs revendications: on apprend que 26 bateaux de la marine nationale ont été touchés  par des retombées non prévues.  
 
 
Au total, ce sont 2050 pages qui ont été déclassifiées. Si leur contenu  parait explosif, que dire alors des 110 pages qui restent secret défense? Roland Oldham, président de l'association de victimes Moruroa e tatou s'interroge sur ces données restées secrètes.
 

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Ecouter Roland Oldham au micro de Radio Outremer 1ere

Le député européen Jean-Jacob Bicep  Europe ecologie  ne se déclare pas surpris par ces révélations; "Nous savions pertinemment que tout ce qu'on nous racontait manquait de sincérité. On cherche à minimiser les effets, pour ensuite minimiser les indemnisations. Les conséquences sanitaires sur la population polynésiennes ne sont pas prises en compte", déplore-t-il.
 

 Réviser la loi Morin, une promesse du candidat Hollande

Depuis son adoption en janvier 2010, la loi Morin est régulièrement contestée. Au total, à peine une dizaine de victimes ont été indemnisées en plus de 3 ans. Selon Patrice Bouveret, directeur de l'observatoire des armements, au moins 10 000 personnes sont pourtant concernées. Mais nombreux sont les dossiers qui ne passent pas les premières étapes faute de répondre aux critères définis par le gouvernement.

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Ecouter Me Jean-Paul Teissonière, avocat de l'Association des Vétérans des Essais Nucléaires au micro de Radio Outremer 1ere

 Lors de sa campagne pour la présidentielle  le candidat Hollande avait promis, auprès des victimes des essais du Pacifique et du Sahara de la modifier. Une promesse restée vaine. En 2008, Christiane Taubira, alors députée PRG avait déjà déposé une proposition de loi portant déjà sur l'indemnisation  des victimes des essais nucléaires. Une loi qui n'a jamais adoptée, mais qui, espère Roland Oldham, pourrait servir de modèle pour une modification en profondeur de la loi Morin. De son coté Jean-Jacob Bicep reste sceptique; "Il y a tellement de promesses de campagne que le président Hollande n'a pas tenues, soupire-t-il. C'est avant tout à la société civile de se mobiliser et de mettre la pression sur le gouvernement. C'est le seul moyen de faire toute la transparence sur ce dossier."