Et si le Tour de France partait un jour de Guadeloupe ?

Kevin Reza
© AFP PHOTO / PASCAL PAVANI | Le cycliste guadeloupéen Kevin Reza lors d'une étape du Dauphiné en 2012.

Après la Corse, une île des Antilles peut-elle organiser un jour le grand départ du Tour ? On a imaginé un parcours possible en Guadeloupe. 

Camille Belsoeur
Publié le , mis à jour le

La Grande boucle a achevé lundi 1er juillet son périple de trois jours en Corse, terre de départ de la plus grande course cycliste du monde pour la première fois de son histoire. Une nouveauté qui a marqué les esprits : la chaîne France Télévisions a réalisé son meilleur score d’audience depuis 2005 à l’occasion de la deuxième étape entre Bastia et Ajaccio dimanche 30 juin.
 
Après ce premier passage sur l'île de Beauté, d'où le Tour peut-il s'élancer à l'avenir ? Les plus folles rumeurs font état d'une candidature du Qatar dans les prochaines années, alors que l’édition 2014 partira du Yorkshire. Mais si la course cycliste a repoussé ses frontières avec ce grand départ en Corse, pourquoi ne pas rêver, un jour, d’un départ d’Outre-mer, et plus précisément de Guadeloupe, terre de cyclisme ?
 
A 8 heures d’avion de Paris, le département français d'Amérique est le berceau de plusieurs cyclistes professionnels, dont deux actuellement engagés sur le Tour de France : Yohann Gène et Kevin Reza, tous deux coureurs chez Europcar, l’équipe de Thomas Voeckler. "Des coureurs que les Guadeloupéens suivent avec une vraie passion", confie Georges Boisdur, ancien président de l'équipe Jeune club des Abymes, référence sur le plan local.
 
L’île possède également son épreuve : le Tour de Guadeloupe, épreuve professionnelle intégrée au circuit américain de l’Union cycliste internationale (UCI). L’Espagnol Francisco Mancebo, 6e du Tour de France en 2004 – mais convaincu de dopage – s’y est imposé en 2010. L’an passé, c’est Ludovic Turpin, un coureur français de renom qui a bouclé le parcours à la première place. De quoi offrir une belle émulation aux jeunes espoirs guadeloupéens.

Le Tour de Guadeloupe 2012 en images.

Un gouffre financier ? 

Les progrès technologiques ont permis aux organisateurs du Tour d’offrir de nouvelles frontières à leur épreuve. Mais si Christian Prudhomme, le directeur du Tour, et son équipe ont tracé il y a quelques jours leur ligne de départ à Porto-Vecchio, pourront-ils à moyen terme s’envoler depuis Pointe-à-Pitre ?
 
La première limite à une telle opération est la distance qui sépare la métropole du département d’Outre-mer. "Un vrai projet avait été initié en 2000 pour un départ de Guadeloupe mais des problèmes logistiques n’ont pas permis de le concrétiser », avait déclaré en 2010 Christian Prudhomme. D’autant qu’à la même époque le Concorde, qui représentait une éventuelle solution, a vu son exploitation stoppée. A l'époque, le directeur du Tour restait toutefois ouvert sur le dossier d'une candidature antillaise : "Il ne faut jamais dire jamais ! Il y a vingt ans, on n’aurait jamais imaginé que le Tour partirait de Berlin comme cela a été le cas en 1987. Ce qui est capital, c’est de ne pas faire un choix artificiel. Il faut que la ferveur soit au rendez-vous".  
 
Interrogée sur la faisabilité d’une telle opération, la députée de Guadeloupe Hélène Vainqueur-Christophe (PS) pense évidemment qu’un tel événement « serait une très bonne chose. Mais nous sommes à plus de 8 000 km de la métropole. Les investissements requis pour les organisateurs seraient sûrement bien trop élevés, surtout dans une période économique difficile. » Il est vrai qu’aux côtés des 190 coureurs du peloton, il faudrait transporter la caravane du Tour, les voitures des équipes, les staffs…

Pour Molière Gène, ancien vainqueur du Tour de Guadeloupe et président de l'Amicale club de Campêche, "le Tour est un rêve pour tout le monde ici." "On sait que cela serait quelque chose de très lourd à organiser mais avec le temps on peut espérer avoir un avion qui pourrait embarquer toute la course", rigole t-il. 
 

La Soufrière en arrière-plan

L’autre limite à ce rêve un peu fou est le décalage horaire. On pourrait en théorie prévoir un jour de repos entre un grand départ sur les routes de Guadeloupe, avec par exemple un prologue et deux étapes, puis l’arrivée des coureurs en métropole. Mais pour des sportifs qui parcourent environ 3 500 km en trois semaines, un décalage horaire de 5 à 6 heures est un facteur physiologique très difficile à encaisser.
 
On peut toutefois se laisser à rêver et imaginer le parcours d’un grand départ du Tour qui s’élancerait des rues de Pointe-à-Pitre, avant de traverser Grande-Terre, puis d’arriver à Basse-Terre après avoir arpenté les contreforts de la Soufrière. "Le passage le plus dur serait sûrement le col des Mamelles, situé à 686 mètres d'altitude sur la route de la Traversée, seule voie routière à traverser Basse Terre d'est en ouest", note Georges Boisdur. Pour Molière Gène, "c'est sur Grande Terre, où les routes sont les plus larges, que la ferveur serait la plus grande."

Un parcours possible pour un grand départ du Tour


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