Que contient le rapport final sur le crash de la Yemenia ?

Yemenia
© © MAÏTÉ KODA / OUTREMER 1ERE | Les familles de victimes se sont réunies face au Ministère des transports à Paris, le 28 juin 2013.

Quatre ans presque jour pour jour après le crash d'un avion de la Yemenia Airways au large des Comores le 29 juin 2009, qui faisait 152 victimes, un rapport d'enquête final vient d'être publié par le Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile.

Camille Belsoeur
Publié le , mis à jour le


Le rapport d'enquête du ​Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile (BEA), consultable ci-dessous, était largement attendu. Ses conclusions, qui s'ajoutent à celles du rapport pénal rédigé par le tribunal de grande instance de Bobigny, pourraient éventuellement entraîner la mise en examen de la compagnie Yemenia Airways, dont le crash de son Airbus A310 le 29 juin 2009 avait causé la mort de 152 personnes. 

Le rapport d'enquête final du BEA en PDF (cliquez pour accéder au mode lecture).

"Des actions inadaptées de l’équipage" 


Selon les conclusions de ce rapport final : "L’accident est dû à des actions inadaptées de l’équipage sur les commandes de vol ayant amené l’avion dans une situation de décrochage qui n’a pas été récupérée."  Ces actions inadaptées de l'équipage, comme les qualifie le rapport, "ont été consécutives à une manœuvre à vue non stabilisée, au cours de laquelle de nombreuses et différentes alarmes relatives à la proximité du sol, à la configuration de l’avion et à l’approche du décrochage se sont déclenchées. L’équipage dont l’attention était focalisée sur la gestion de la trajectoire de l’avion et le repérage de la piste, n’a probablement pas eu les ressources mentales suffisamment disponibles, dans cette situation de stress, pour réagir de façon adéquate aux différentes alarmes."

Mais selon les enquêteurs, plusieurs autres facteurs ont également contribué à l'accident. Les conditions météorologiques présentes sur l'aéroport (de fortes rafales de vent) et l’absence d’entraînement ou le briefing de l’équipage avant l’exécution de vol sur Moroni - aéroport classé C, c'est à dire avec des conditions d'atterrissage difficiles - conformément au manuel d’exploitation de la compagnie Yemenia sont notamment pointés comme des facteurs aggravants dans le rapport du BEA. 

Des bateaux de sauvetage peu adaptés


Les premiers bateaux utilisés lors de la recherche et le sauvetage des occupants de l’avion ont quitté le port de Moroni, situé à environ 20 milles nautiques (environ 38 km) du lieu de l’accident, vers 1 heure 20  soit environ 2 heures 30 après l’accident.  Il s’agissait de bateaux réquisitionnés, peu adaptés à ce type de recherche et à la récupération des rescapés, selon le rapport d'enquête. L'unique survivante, Bahia Bakari âgée alors de 13 ans, n’a ainsi été récupérée qu’environ 12 heures après la survenue de l’accident. 

En conséquence, la commission d’enquête recommande que les autorités comoriennes mettent en place des moyens de secours permanents adaptés à la recherche et au sauvetage consécutif à un accident d’avion survenant en mer à proximité des aéroports.

Une formation spécifique pour les pilotes


Dans son rapport, le BEA rappelle que la compagnie Yemenia considère l’aéroport de Moroni comme difficile à l'atterrissage et nécessite un entraînement et une qualification spécifique. L’enquête n’a pas permis de déterminer si les équipages sont correctement entraînés à réaliser la procédure de nuit à Moroni. Le rapport a cependant montré que cet équipage n’a pas été en mesure dans les conditions de l’accident de suivre de façon adéquate la procédure d'atterrissage. Il n’a pas non plus réagit de façon adapté aux différentes alarmes rencontrées dans cette phase de vol et a placé l’avion dans une situation de décrochage qu’il n’est pas parvenu à récupérer.

Le rapport d'enquête du BEA recommande donc que les autorités du Yemen s’assurent que tous les équipages effectuant des vols sur l'aéroport de
Moroni soient correctement entraînés et que les autorités du Yemen  fassent une revue des conditions d’entraînement des pilotes de Yemenia, en particulier sur leur capacité à réagir aux situations d’urgences.

Rencontre avec les familles des victimes


L'Association des familles des victimes de la catastrophe aérienne du 29 juin 2009 (AFVCA) attendait avec impatience le rapport d'enquête final du BEA. Avant cela, un rapport d'enquête pénal, rédigé par le tribunal de grande instance de Bobigny et notifié le 28 juin dernier aux familles des 152 victimes avait déjà fait lumière sur les faits ayant conduits au crash de l'Airbus A310 de la Yemenia Airways. 

Selon Maître Gérard Montigny qui défend les intérêts de l'AFVCA, "ce rapport [pénal] explique que de graves fautes de pilotage ont été commises.  Les experts se posent de vives questions sur la formation de ces pilotes. Il est vrai que des balises au sol, permettant d'identifier la piste et de signaler les obstacles à l'aéroport de Moroni étaient en panne. Mais de bons pilotes compétents et bien formés auraient pu faire atterrir l'avion et l'accident ne se serait pas produit, ont conclu les experts". 

Le 20 septembre prochain le BEA se rendra avec son directeur M.Troadec à Marseille pour rencontrer les familles des victimes et y commenter ce rapport.