Calédoniens ailleurs : Aunoo Douce François Eloccie, une combattante

Calédoniens ailleurs : Aunoo Douce François Eloccie, une combattante
© Ambre Lefeivre | Calédoniens ailleurs : Aunoo Douce François Eloccie, une combattante

Nombre de nos compatriotes font le choix de quitter la Nouvelle-Calédonie. Etudes, recherche d'emploi, envie d'ailleurs, les raisons sont multiples. Mais qui sont ces Calédoniens qui tentent l'aventure ailleurs ? Cette semaine, Aunoo Douce François Eloccie, avocate.

Ambre Lefeivre
Publié le , mis à jour le

Persévérante, courageuse et déterminée à prouver qu’elle pouvait franchir tous les obstacles, qu’elle pouvait accéder au métier qu’elle avait choisi, Aunoo est devenue le 3 juillet la première Kanak avocate au barreau de Paris.
 
Bachelière en 2004, Douce n’a, à l’époque, pas d’idée précise sur le métier qu’elle fera plus tard. Mais la jeune fille originaire par sa mère de la tribu d’Inagoj (Lifou) sait déjà ce qu’elle souhaite : « se prouver qu’elle peut aller loin dans les études, qu’elle peut réussir ». « Je me suis fixée un objectif ambitieux, je voulais acquérir une compétence intellectuelle considérable, je me suis fixée un objectif de condition de vie ».  La jeune fille mûrit un projet réfléchi. « Je voulais un métier qui allait me stimuler intellectuellement et humainement, je voulais avoir l’impression d’aider, de servir une cause et être libre de mes mouvements et actions. » Le droit lui paraît alors tout trouvé. « Le droit t’ouvre beaucoup de portes. Il y a les métiers d’avocat, de magistrat et aussi la possibilité de travailler dans des endroits où les lois se font ».  Douce tente une première année de droit à l’Université de Nouvelle-Calédonie.  « Ca n’a pas marché car j’étais obnubilée par l’envie de partir, pour moi, je ne pouvais réussir et acquérir de nouvelles compétences qu’en partant ».  

La Calédonienne lors d’un exercice de plaidoirie à l'école d'avocat
© Aunoo Douce François Eloccie | La Calédonienne lors d’un exercice de plaidoirie à l'école d'avocat

Pendant un an, la Calédonienne va multiplier les petits boulots pour mettre de côté et c’est en septembre 2006 qu’elle s’installe à Paris. Boursière de la Province des Iles, elle débute une licence de droit et de sciences politiques à Paris X – Nanterre. « Malgré le stress de la réussite, j’ai vite trouvé mes marques ». Epanouie dans son cursus, Douce continue de mener à bien son projet en multipliant les stages. Lors des grandes vacances, elle rentre au pays et travaille au Congrès de la Nouvelle-Calédonie. « C’était très enrichissant, j’avais un pied dans la vie institutionnelle du pays, dans la construction du destin commun ».  A la fin de sa licence, Aunoo souhaite continuer ses études. « Je voulais aller plus loin et m’orienter vers le droit international car j’étais toujours aussi intéressée par l’ailleurs ».  Elle effectue ainsi un M1 en droit international et européen. Douce doit alors redoubler d’efforts tant le niveau est exigeant et la concurrence rude pour passer en M2. Cette année-là, elle découvre le droit international privé (un droit des conflits entre les lois applicables ndlr) et se prend de passion pour cette matière. « J’aime la gymnastique intellectuelle qu’impose cette matière et cela m’a permis d’apprendre des mécanismes qui sont utilisés pour organiser la coexistence entre droit coutumier et droit français ». Continuant dans ce domaine, la jeune femme passe les sélections et est admise en M2. En master de recherche, Aunoo travaille sur « Le conflit interpersonnel de lois en Nouvelle-Calédonie ».  Après plusieurs mois passés sur le Caillou, Douce obtient son diplôme avec mention en septembre 2012.  
Douce pendant son stage dans un cabinet à Chicago
© Aunoo Douce François Eloccie | Douce pendant son stage dans un cabinet à Chicago

La jeune femme décide alors de s’inscrire à l’Institut d’Etudes Judiciaires (IEJ) de l’université de Nanterre pour devenir avocate et de préparer l’examen qui permet de rentrer à l’école d’avocat. Pendant sa formation, Douce en profite pour effectuer un stage dans un cabinet spécialisé dans le droit commercial, des investissements et des sociétés.  « Je me confrontais au métier, je voulais savoir si cela me plaisait vraiment, si je faisais le bon choix ». Confortée dans son idée, la Calédonienne passe son examen en septembre 2013. Si elle réussit les écrits, elle rate les oraux de peu. « J’ai eu peur, j’étais tétanisée et envahie par le doute ». Déterminée, Douce se réinscrit et ne ménage pas ses efforts. Aunoo enchaîne les révisions et les prépa privées tout le long de l’année. Un an plus tard, elle décroche haut la main son examen. La jeune femme rentre alors à l’Ecole de Formation des Barreaux de la Cour d’appel de Paris (EFB) pour 18 mois de stage et formation. Douce part ainsi six mois à Chicago dans un cabinet spécialisé dans le droit de la famille. « Un moyen de découvrir une façon différente de travailler et d’acquérir des compétences en droit américain ». Après un second stage dans un cabinet parisien et les examens de sortie d’école, Douce obtient son Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA) en octobre 2016.   
Aunoo, le jour de sa prestation de serment
© DR + Ambre Lefeivre | Aunoo, le jour de sa prestation de serment, pose avec Françoise Maridas, avocate calédonienne au barreau de Paris

Après des vacances bien méritées, la jeune femme cherche du travail en février de cette année. Début juillet, Douce trouve une collaboration dans un cabinet où elle partage son temps entre droit des affaires, droit pénal et droit des étrangers. L’occasion pour elle de prêter serment le 3 juillet 2017 et de devenir officiellement avocate. Aujourd’hui, la Calédonienne souhaite se constituer une solide expérience au barreau de Paris avant de préparer un barreau étranger, peut-être en Australie. A terme, la jeune femme a dans l’idée de rentrer dans le Pacifique et de travailler pour les intérêts de son Caillou. Surtout, Douce n’oublie ni les personnes ni les valeurs qui lui ont permis de réussir. « Ma mère, femme combattive et de conviction, m’a fait sentir capable d’aller au bout des choses, l’éducation de mon oncle André Eloccie m’a permis d’’être ambitieuse et tenace et ma tante Marie- Louise et mon oncle Michel m’ont donné le goût du travail.  Les valeurs de respect, d’humilité, de partage qu’on nous inculque chez les Kanak et en Nouvelle-Calédonie aussi, furent une vraie arme pour moi, pour m’en sortir ». 

Retrouvez le reportage consacré à Aunoo Douce le jour de sa prestation de serment par La 1ère : 

par ambre@lefeivre.info