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Guyane : que représente le poids économique et stratégique du spatial ?

Publié le , mis à jour le
CSG manifestation
© Jody Amiet | Manifestation devant le Centre spatial guyanais (CSG), en avril 2017.
Philippe Triay

A l’heure où les répercussions économiques des blocages inquiètent les acteurs de la filière spatiale en Guyane, petit rappel sur l’importance stratégique et financière de ce secteur. 

Pour les collectifs de revendication guyanais, c’est essentiel. Il faut frapper là où ça fait mal pour se faire entendre, et le Centre spatial guyanais (CSG) est l’une des cibles principales des actions physiques et symboliques des manifestants. Trois campagnes de lancement de la fusée Ariane ont déjà été interrompues à cause des blocages, selon Stéphane Israël, le PDG d'Arianespace. "Si le blocage devait persister, la réalisation de 12 lancements en 2017 serait menacée, ce qui aurait des conséquences financières lourdes", a-t-il précisé. Selon lui, "ce mois perdu peut se chiffrer à plusieurs millions d'euros de surcoûts pour Arianespace et les industriels" du Centre spatial.
 
On ne mesure pas toujours l’importance stratégique du spatial pour l’Etat français. Pour mieux comprendre, on pourra se référer notamment au récent rapport à l’ex-Premier ministre Manuel Valls, suite à une mission confiée à Geneviève Fioraso, ancienne ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Intitulé « Open Space, l’ouverture comme réponse aux défis de la filière spatiale », le document a été remis au gouvernement en juillet 2016.
 

Défi d'un leadership européen 

Le rapport souligne entre autres que le spatial est encore un marché émergent, « appelé à une croissance à deux chiffres dans les années à venir ». « Il englobe les applications et les services dans des domaines de nature très différente : l’agriculture, la santé, l’éducation, les télécoms avec l’accès à Internet pour tous et la contribution à la couverture numérique, la ‘silver economy’ (l’économie au service des personnes âgées, ndlr), les mobilités durables, la surveillance, la défense, la dissuasion nucléaire, la géolocalisation, l’observation, la régulation des trains mais aussi des flux financiers. La diversité des sujets dans lesquels le spatial joue un rôle décisif est impressionnante… », précise le document.
 
Pour la France, avec le spatial, il s’agit de relever le défi d’un leadership européen mais également mondial avec la concurrence existante non seulement de nations comme les Etats-Unis ou la Russie opérant déjà dans ce secteur, mais également grandissante des pays émergents de la filière, comme la Chine et l’Inde. L’Etat ne s’en cache pas : le spatial est et sera de plus en plus un domaine de souveraineté. La base de Kourou en est le pôle économique et stratégique incontournable.
 
ESA infographie

"Rénovation et optimisation" 

« La rénovation et l’optimisation du centre spatial de Kourou, les programmes structurants Galileo pour la géolocalisation et la navigation, Ariane 6 pour les lanceurs ainsi que les programmes de surveillance et d’observation de la terre doivent être absolument préservés, Brexit ou pas, et menés à bien dans les délais les plus rapides possibles. Ils sont les garants de l’autonomie de l’Europe et de sa non-dépendance dans un monde de plus en plus concurrentiel et soumis à des tensions qui nécessitent plus que jamais de mobiliser nos outils d’observation, de surveillance, de dissuasion et d’alerte : terrorisme, flux de mobilité de populations, catastrophes environnementales, réchauffement climatique, pandémies… » relève le texte.

En ce qui concerne les lancements commerciaux, le CSG de Kourou occupe la troisième place derrière le Kazakhstan et les Etats-Unis. Dans un rapport sur la Guyane publié en juin 2016, l’Institut d’émission des départements d’Outre-mer (IEDOM) notait que l’année 2015 avait été « exceptionnelle pour le spatial », avec 12 lancements réalisés par Arianespace. « La société a généré un chiffre d’affaires record de 1,4 milliard d’euros, avec 21 satellites mis en orbite au profit de 14 clients », note l’institution. « Les différents lanceurs permettent à l’entreprise d’assurer un large éventail de missions et de maintenir sa place de premier opérateur spatial mondial. Arianespace a conclu vingt nouveaux contrats en 2015 pour un montant de 2,5 milliards, soit l’équivalent de 33 lancements, portant le carnet de commandes à 5,3 milliards, soit 58 lancements. L’opérateur européen capte ainsi plus de 50 % des lancements du marché commercial. »
 

"Impact positif d'Ariane 5"

Bien entendu, cela suppose de nombreux coûts opérationnels, mais assumés pour 53,1% par les autres Etats membres de l’Agence spatiale européenne (ESA, European Space Agency). Et le rapport Open Space citait en 2014 une étude réalisée par l’ESA et un cabinet de conseil indépendant : « Prenant en compte à la fois des effets directs (emplois, impôts) et indirects (organisation industrielle, recherche, image commerciale, nouveaux marchés), ainsi que les effets induits sur la Guyane, l’étude concluait à un impact positif du programme de développement d’Ariane 5 sur l’économie. Entre 1988 et 2012, la valeur ajoutée brute totale pour l’ensemble des pays membres a en effet été estimée 2,2 fois supérieure aux investissements correspondants à l’Agence spatiale européenne. »