Diffusion de vidéos choquantes : Tous responsables ?

Publié le , mis à jour le
Code pénal
Guadeloupe 1ère

Difficile d'échapper aux vidéos pornographiques, d'accidents, de combats, qui circulent sur les réseaux sociaux et qui sont partagées sur les applications de messagerie instantanée. La dernière en date, montrant des mineurs, a fait réagir les internautes. 

Des corps à l'agonie sur la chaussée, après un accident de la route... De violentes agressions... Des humiliations... Des relations sexuelles... 
Nous avons tous déjà reçu sur nos téléphones portables, des vidéos qui nous ont choquées.
Avec un choix : supprimer ou partager ?
 

Un partage devenu trop banal

Pour Samuel, 19ans, "c'était juste pour rigoler"... En recevant un matin, la vidéo d'une sextape, le jeune homme la partage dans un groupe d'amis... 12 autres personnes ont donc eu accès à ce moment de la vie intime de parfaits inconnus. Pourtant, eux aussi partagent "sans se poser de questions".  
Avec le recul, Samuel affirme qu'il ne l'aurait pas fait. Parce qu'aujourd'hui, il "se met à la place de ces personnes", réalisant que nous avons tous droit au respect de notre vie privée. 
Ce "délire entre potes", comme il l'appelle n'arrive pas seulement chez les jeunes.
Inès est aussi dans un groupe de messagerie instantané, sur son téléphone portable, avec sa famille. Elle constate que ce sont souvent "les adultes qui envoient ce genre de vidéos choquantes. J'ai 17 ans et j'ai dû expliquer à mon oncle que recevoir certaines images de sa part me dérangeait. Au delà de la vidéo en question qui est déjà dégoûtante, je ne comprenais pas pourquoi il ressentait le besoin de nous montrer ça, à nous, plus jeunes". 
 

Des vidéos montrant souvent de jeunes mineurs

Comme l'oncle d'Inès, certains internautes prétendent partager pour montrer l'état de notre société actuelle. D'autres, pour dénoncer certains actes. Est-ce réellement efficace ou participent-ils à véhiculer le mauvais message ? 
Le problème, est que ces vidéos montrent souvent des mineurs.
Dernière vidéo en date, deux jeunes garçons, certainement des collégiens donc mineurs, en plein acte sexuel, dans ce qui semble être un vestiaire. Nul besoin de visionner l'intégralité de la vidéo. Quelques secondes suffisent pour réaliser la teneur de ces images. Ils ont été filmés à leur insu. 
 

La colère des internautes

Ce nouveau dérapage a suscité la colère de nombreux internautes, sur les réseaux sociaux. Quelques uns, ont fait apparaître le hashtah #novideo pour montrer leur désaccord. D'autres, ont tenu à rappeler la loi, tout simplement. 
Et justement, depuis l'utilisation massive de smartphones et réseaux sociaux, beaucoup semblent oublier que la loi, mais plus encore, la décence et le respect, interdisent certains comportements. 
 

Que dit la loi ?

L'article 227-23, modifié par Loi n°2013-711 du 5 août 2013 - art. 5 du Code pénal énonce que "le fait, en vue de sa diffusion, de fixer, d'enregistrer ou de transmettre l'image ou la représentation d'un mineur lorsque cette image ou cette représentation présente un caractère pornographique est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. Lorsque l'image ou la représentation concerne un mineur de quinze ans, ces faits sont punis même s'ils n'ont pas été commis en vue de la diffusion de cette image ou représentation.
Le fait d'offrir, de rendre disponible ou de diffuser une telle image ou représentation, par quelque moyen que ce soit, de l'importer ou de l'exporter, de la faire importer ou de la faire exporter, est puni des mêmes peines.
 
Les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 100 000 euros d'amende lorsqu'il a été utilisé, pour la diffusion de l'image ou de la représentation du mineur à destination d'un public non déterminé, un réseau de communications électroniques.
 
Le fait de consulter habituellement ou en contrepartie d'un paiement un service de communication au public en ligne mettant à disposition une telle image ou représentation, d'acquérir ou de détenir une telle image ou représentation par quelque moyen que ce soit est puni de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende.
 
Les infractions prévues au présent article sont punies de dix ans d'emprisonnement et de 500 000 euros d'amende lorsqu'elles sont commises en bande organisée.
 
La tentative des délits prévus au présent article est punie des mêmes peines.
 
Les dispositions du présent article sont également applicables aux images pornographiques d'une personne dont l'aspect physique est celui d'un mineur, sauf s'il est établi que cette personne était âgée de dix-huit ans au jour de la fixation ou de l'enregistrement de son image.

 

Des conséquences parfois dramatiques

Ces vidéos et leurs partages peuvent avoir des conséquences dramatiques. Régulièrement, on entend les histoires de ces personnes qui ont préféré se suicider après la diffusion d'images les ridiculisant ou violant leur vie privée. Selon Yvan, père de famille "c'est dur, mais ce n'est que le retour de bâton. S'ils n'avaient pas fait ces vidéos, ça n'arriverait pas. Si nos jeunes ne faisaient pas n'importe quoi, n'importe où, sa pa té ké rivé". 
Un sentiment partagé par certains... Et Yvan de nuancer ses propos : "en même temps, c'est nous qui éduquons notre jeunesse. Nous devons leur montrer le bon exemple et discuter de toutes ces choses avec eux."

D'où la question, sommes nous tous responsables ?