Fin des hydrocarbures: Gabriel Serville, député de Guyane s'oppose à Nicolas Hulot

Gabriel Serville face à Nicolas Hulot
© capture d'écran | Gabriel Serville face à Nicolas Hulot

L'Assemblée nationale a voté dans la nuit de mardi à mercredi la fin de la production d'hydrocarbures d'ici 2040. Gabriel Serville a voté contre dénonçant le "mépris de l’Etat". Nicolas Hulot a répondu qu’il préférerait que la Guyane choisisse des "filières d’avenir".

Cécile Baquey
Publié le , mis à jour le

Peu après 1h00 et à l'issue de débats passionnés, les députés ont validé l'article 1er prévoyant qu'à compter de son adoption définitive par le Parlement, d'ici fin 2017, il ne pourra plus être délivré de nouveau permis d'exploration d'hydrocarbures, liquides ou gazeux. Et les concessions d'exploitation existantes ne seront pas renouvelées au-delà de 2040.

La France pionnière ?

Le texte vise à concrétiser la promesse d'Emmanuel Macron de "sortir la France des énergies fossiles" (pétrole, gaz, charbon...). Après le Costa Rica, la France entend être pionnière à l'échelle mondiale, même si elle n'a jamais été un gros producteur: 815.000 tonnes de pétrole par an, essentiellement dans les bassins parisien et aquitain, soit 1% de la consommation nationale.

Mépris de l’Etat ?

La seule intervention qui semble avoir bousculé le ministre a été celle du député Gabriel Serville, membre du groupe Gauche Démocrate et Républicaine, qui a dénoncé un "mépris pour la Guyane et les outre-mer en général".  "Je peux comprendre vos inquiétudes et votre colère, a déclaré Nicolas Hulot. Mais "Il n’y a aucun mépris car ma priorité c’est de penser justement dans cette région du monde à celles et ceux- heureusement la Guyane a été épargné- qui ont été livrés aux déséquilibres de la nature". Regardez ci-dessous l'intervention de Nicolas Hulot à l'Assemblée nationale :


L’avis de la Guyane ignorée ?   

Dans son intervention, le député Gabriel Serville a insisté sur le fait que son département était compétent dans ce dossier, ce que n’a pas contredit le ministre de la Transition écologique qui a précisé que "le transfert de compétence" (…)"ne saurait tarder". Regardez ci-dessous l'intervention du député de Guyane Gabriel Serville : 


La voix du peuple

Le député de Guyane s’est aussi appuyé dans son argumentation sur le mouvement social de mars dernier : "Quel message le gouvernement veut envoyer aux Guyanais qui sont massivement descendus dans la rue pour crier leur ras-le-bol" (...) en les dépossédant  "de la décision de savoir s’ils souhaitent eux-mêmes exploiter ou non leurs ressources" alors qu'ils ont un "moindre développement économique" et qu'ils ne participent que très faiblement "au réchauffement climatique".


Filières d'avenir ou du passé ?

A cet argument, Nicolas Hulot a répondu que sa stratégie s’inscrivait dans le "long terme". "Moi j’essaie autant que faire se peut de combiner le court terme et le long terme. Ce que vous mettez en avant c’est un court terme avec des souffrances, des exigences, des difficultés qui sont réelles", a répondu le ministre. (…) Je n’aimerais pas que la Guyane subisse demain ce qu’il s’est passé dans le golfe du Mexique. N’y voyez de ma part aucun mépris".

Le ministre de la Transition écologique a ajouté qu'il "préférerait pour la Guyane" qu'elle se tourne "vers les filières d’avenir plutôt que vers celle du passé".

Cynisme du gouvernement ?

Dernier argument utilisé par Gabriel Serville dans son réquisitoire : le "cynisme du gouvernement". Le gouvernement "s’achète une bonne conscience écologique à bas prix tout en continuant à polluer impunément chez nos voisins du sud", dit-il. 

Le député de Guyane rappelle qu’au large du Guyana (voisin de la Guyane), le géant "Exxon Mobil vient d’annoncer l’une des plus importantes découvertes d’hydrocarbure des dix dernières années et le lancement d’une phase d’investissement pour 4,4 milliards de dollars" alors que Total "Fleuron de l’industrie française annonce le rachat de 25% de consortium menant des recherches d’hydrocarbures au large du Guyana". "La même entreprise française Total débourse 200 millions de dollars pour cinq permis d’exploration à proximité de la frontière franco-brésilienne", dénonce encore le député.

Total plaide sa cause

En coulisses ou dans les médias, les groupes industriels ont plaidé leur cause. "Si je ne peux pas explorer en France, j'explore ailleurs", a déjà menacé le PDG du groupe Total, Patrick Pouyanné. De son côté Nicolas Hulot assure face à la représentation nationale: "Ne rien céder aux lobbies, oui je m'y efforce", mais "on peut faire des compromis".

Permis d’exploration prolongé en Guyane

En matière de compromis, Nicolas Hulot en a fait un de taille en assumant la prolongation du permis exclusif d'exploration d'hydrocarbures "Guyane Maritime", détenu par Total au large de ce département français d'outre-mer, le 21 septembre dernier, en raison "des droits acquis".

Curieusement à l’Assemblée nationale, Gabriel Serville, tout comme Nicolas Hulot n’ont pas évoqué cette prolongation. Et pourtant, avec ce permis, Total va pouvoir continuer les explorations en Guyane. Cet arrêté du gouvernement a d'ailleurs été salué localement par le président de la collectivité territoriale Rodolphe Alexandre, tandis que le président du comité des pêches de Guyane se montrait fort inquiet pour les conséquences écologiques de la reprise de la prospection.

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