La voiture électrique Outre-mer... déjà sortie des pistes ?

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© voitureelectrique.net
Sébastien Letard

La voiture électrique a-t-elle un avenir Outre-mer? Après les déclarations enthousiastes et des projets pilotes ambitieux, le développement de la voiture électrique est aujourd'hui à l'arrêt. Malgré les primes et un environnement jugé favorable, seules quelques centaines de véhicules circulent. 

Une dizaine d'immatriculations chaque mois en Guadeloupe et en Martinique. 200 véhicules en circulation à la Réunion. Le développement de la voiture électrique Outre-mer est loin d'avoir connu le succès qui lui semblait promis il y a quelques années. Mise à part Mayotte qui a lancé fin 2015 un plan de développement de la voiture électrique - et qui n'en est pour l'instant qu'au stade de projet - les collectivités ultramarines sont pour le moins attentistes.

Autosuffisance énergétique et fin du pétrole

La loi fixe comme objectif pour les Outre-mer l'autosuffisance énergétique d'ici à 2030. Pour se passer du pétrole, le recours à la voiture électrique a été présenté comme l'une des solutions. Le gouvernement a mis en place d'importants bonus financiers au niveau national : une prime de 6 500 euros pour l'achat d'un véhicule électrique et un superbonus de 10 000 euros en cas de remise à la case d'un diesel de plus de 10 ans. La Polynésie française a exempté de taxe les voitures électriques et la région Guyane les a exonérées d'octroi de mer. 

Avec une autonomie effective de 150 kilomètres aujourd'hui, les performances des véhicules électriques correspondent à la plupart des usages sur des territoires insulaires. A la Réunion, la distance parcourue quotidiennenment par un automobiliste est en moyenne de 24 km. L'énergie solaire disponible en abondance offre aussi une source de rechargement illimitée. Pourtant, Outre-mer, le constat est sans appel. La voiture électrique a calé après avoir à peine démarré.

Des bornes de recharge introuvables

Si le nombre de véhicules en circulation est resté symbolique, le développement de réseaux de bornes de recharge publiques n'a souvent pas eu lieu. A la Réunion, plusieurs acteurs privés, dont Total, Renault et le groupe de distribution Hayot, ont lancé il y a quelques années le projet "VERT" (Véhicule Electrique pour une Réunion Technologique). Il prévoyait l'installation en 2015 de 50 bornes de rechargement sur l'ensemble de l'ile. Chaque automobiliste devait ainsi pouvoir trouver une borne dans un rayon de 15 kilomètres, y compris dans les Hauts de l'ile. Mais après une première vague d'installation, le déploiement a été suspendu. Malgré cette interruption à mi-parcours, la Réunion reste, de loin, exemplaire par rapport à d'autres départements ou collectivités d'Outre-mer. Les Antilles ne disposent d'aucun point de rechargement public. En Martinique, la commune du Prêcheur devrait d'ici peu installer la première station de l'ile. 

En la matière, l'initiative des collectivités est essentielle. Et celles-ci ont pour l'instant privilégié d'autres stratégie en matière d'énergie et de transports. La plupart des agglomérations d'Outre-mer font face à des réseaux routiers surchargés, des artères saturées et des temps de trajet plombés par les embouteillages. Aussi vertueuse que soit la voiture électrique, elle n'avance pas plus vite dans les bouchons. Plusieurs collectivités se sont donc concentrées ces dernières années sur la mise en place de réseaux de transports en commun plus fiables - le retard en la matière est énorme - ou sur la construction de nouveaux axes, à l'image de la route du littoral à la Réunion. 

Une électricité qui vient du pétrole

Autre priorité qui peut en apparence paraitre en contradiction avec le développement de la voiture électrique: la transition énergétique. La majorité de l'électricité produite Outre-mer provient encore du pétrole. Abandonner l'essence ou le gazole pour recharger sa voiture sur le réseau ne réduit donc en rien la dépendance au énergies fossiles. Le développement de la voiture électrique est aussi vu comme un risque supplémentaire de black-out pour les responsables des réseaux électriques déjà en souffrance. Chaque jour, c'est autour de 18h que les réseaux connaissent déjà leur pic de consommation. Un phénomène que ne feraient que renforcer des automobilistes branchant leurs voitures au retour du travail.

Pourtant des solutions existent, notamment grace aux ombrières équipées de panneaux photovoltaïques. Certaines sont aussi couplées à des batteries qui stockent l'énergie produite en journée. L'énergie renouvelable ainsi consommée n'est plus ponctionnée sur le réseau. Le dispositif permet aussi d'installer des panneaux photovoltaïques sur les parkings alors que la construction de centrales solaires entre souvent en contradiction avec la préservation des surfaces agricoles. 

Transversale Conso reçoit deux invités (émission à écouter ci-dessous) : 
-Fabrice Spath, cofondateur de Breezcar
-Andrès Mézière, président de l'association guadeloupéenne Synergile. 
Une émission de Sébastien Letard, avec la participation de Christine Chaumeau. 
Technique : Denis Deygout, Emilien Beaugendre.
Coordination : Gladys Say