Avec "Dipenda" Fabrice Devienne met en musique "Une saison au Congo" d’Aimé Césaire

Fabrice Devienne
© Louis-Gérard Salcede
Louis-Gérard Salcède

Une pièce phare du grand poéte martiniquais mise en musique, puis un album c'est l'histoire de "Dipenda" présentée ce 20 mai au Café de la Danse à Paris 

« L’aventure a démarré en 2012 lorsque j’ai été contacté par le Théâtre National de Villeurbanne et par le metteur en scène Christian Schiaretti pour mettre en musique la pièce Une saison au Congo d’Aimé Césaire » explique Fabrice Devienne.

Pianiste, compositeur, il accepte la proposition et se lance. Il  travaille les musiques chez lui avant de les livrer au metteur en scène qui les a ensuite agencées « de manière extraordinaire ». Au final, une pièce de toute beauté, qui totalise une cinquantaine de représentations à partir de 2013 à Villeurbanne  (dans le Rhône), à Sceaux (en région parisienne) et à Fort de France (en Martinique) pour célébrer le centième anniversaire de la naissance d’Aimé Césaire.

Cette expérience, Fabrice Devienne, la décrit comme l’un des moments les plus forts de sa carrière. « Une saison au Congo  » est une évocation de la vie Patrice Lumumba, leader de l'indépendance de la République démocratique du Congo (ancienne colonie belge) dont il sera le Premier ministre de juin à septembre 1960 avant d'être assassiné en janvier 1961. Une allégorie de l’histoire de la colonisation, et de ses ravages. Une pièce aussi sur la décolonisation, ses espoirs et de son tragique enfantement. «  Une épopée avec en filigrane toujours la volonté [de Césaire] de mettre en avant la lutte des Noirs partout dans le monde » selon Fabrice Devienne.  
 

 "Nous sommes ceux que l'on déposséda, que l'on frappa que l'on mutila"

 C’est à partir de contexte qu’il a construit son travail de directeur musical  : « dans les musiques que j’ai composées,  il y a beaucoup de rythmes africains mais aussi des sonorités et des rythmes afro cubains car la musique cubaine  a toujours été très présente au Congo. Parmi les esclaves qui ont été déportés à Cuba, beaucoup venaient du Congo et les rythmes sont restés avant de revenir au Congo au début du XXe siècle». De fait la rumba  congolaise, est très présente dans l’ensemble où l’en entend aussi les influences européenne ( le Congo était une ancienne colonie belge), américaine ( la CIA a joué un rôle dans la disparition de Lumumba ).
 

Patrice Lumumba interpréte dans la pièce par Marc Zinga
© DR


Après la pièce, Fabrice Devienne a eu l’idée de laisser une empreinte sonore des musiques qu’il avait créées pour l’occasion. C’est ainsi qu’est né l’album « Dipenda » (qui signifie indépendance en lingala). Marié à une antillaise, premier prix du concours national de jazz de la Défense en 1986, Fabrice Devienne se réclame d’une identité monde. A la fois française, caribéenne, africaine, américaine, asiatique.

Pour lui « Dipenda » est une invitation au voyage et au conte qu’il présente sur scène avec treize musiciens et chanteurs en concert ce 20 mai au Café de la Danse à Paris*. 

L’occasion pour le public d’entendre ce moment fort autour du texte de Césaire slamé par Pitcho Womba Konga : 
" Moi sire, je pense aux oubliés. Nous sommes ceux que l’on déposséda, que l’on frappa que l’on mutila, ceux que l’on tutoyait, ceux à qui l’on crachait au visage. (…). 
Sire toute souffrance qui se pouvait souffrir, nous avons soufferte, toute humiliation qui se pouvait boire, nous avons bue ! Mais camarades le goût de vivre , ils n’ont pu nous l’affadir dans notre bouche, et nous avons lutté avec nos pauvres moyens, lutté pendant cinquante ans et voici ; Nous avons vaincu. Notre pays est désormais entre les mains de ses enfants. Nôtre, ce ciel, ce fleuve, ces terres ( …)

 

* En concert : 20 mai : Café de la Danse : Paris.  "Dipenda" est un partenariat Radio Outre-mer 1ere