"Tour de France" : ports francs

Tour de France
Jean-Marie Chazeau

Depardieu en aquarelliste réactionnaire, flanqué malgré lui d’un rappeur menacé d’un règlement de compte, fait le tour des ports de l’hexagone… Le choc des cultures n’est pas si explosif qu’on aurait pu le craindre…

 Un road movie de port en port, avec Serge Lama et du rap en BO… Drôle de Tour de France que ce film de Rachid Djaïdani, qui avait déjà réalisé Rengaine il y a quatre ans, monté sans aucun financement, et qui racontait le difficile mariage d’une rebeu et d’un renoi…. Cette fois la production a les moyens de s’offrir Gérard Depardieu et le rappeur Sadek, qui incarne un autre rappeur vedette, baptisé Far’houk…

Far’houk a des ennuis et doit disparaître de sa cité du Nord : son manager, sorte de petit blanc converti à l’islam, lui propose de le remplacer pour accompagner son père dans un tour de France en camionnette. Serge, maçon retraité, ouvertement raciste, joué par un Depardieu inégal mais toujours imposant : il veut refaire, avec son chevalet et ses pinceaux, le parcours du peintre Joseph Vernet, à qui Louis XV avait demandé de reproduire sur toile les ports de l’hexagone.

Les échanges sont parfois percutants, très France FN décomplexée, comme lorsque Farhouk dit « moi, je suis français » et que Serge lui répond ironique : « si t’y crois, c’est déjà ça ». Mais le dialogue s’instaure entre eux, difficilement, et le spectacle offert par ce drôle d’attelage est parfois réjouissant. Parfois le périple s’essouffle, les seconds rôles manquent d’épaisseur, et l’argument scénaristique est bien mince… On est aussi souvent dérouté par des mouvements de caméra, des musiques ou des échappées vers la poésie la plus classique, Baudelaire en bandoulière.

En guise de bonus, ne manquez pas d’aller voir le dernier clip de Sadek, « Andalé » en duo avec Gradur, réalisé par William Thomas. Il a été tourné sur l’île de la Réunion, et l’IRT, l’île de la Réunion Tourisme, doit adorer.