"Réparer les vivants" : atout coeur

Réparer les vivants
© Les films Pelleas
Jean-Marie Chazeau

Quand un film montre avec une précision chirurgicale et beaucoup d'humanité comment le don d'organes efface toutes les barrières...

Simon a 17 ans, il vit au Havre, pratique le surf, il est amoureux… mais il meurt brutalement dans un accident de voiture… Etonnante image d’un drame où la jeunesse se fracasse dans un immense rouleau sur l’océan… Ses parents vont-ils accepter que son coeur qui bat toujours soit prélevé pour être transplanté dans le corps d’une autre personne ?

le comparse de JoyeyStarr


Tahar Rahim dans le rôle du médecin qui propose le don d’organes, Emmanuelle Seigner dans celui de la mère, et pour jouer le père, Kool Shen, l’ex partenaire de JoeyStarr dans le groupe NTM... Tous d’une grande justesse pour exprimer toute la douleur et la difficulté de la décision à prendre... ou pas… Même remarque du côté de celle qui doit bénéficier d’une greffe du cœur du jeune Simon : elle est jouée par la canadienne Anne Dorval, à l’opposé total de son rôle hystérique dans Mommy, de Xavier Dolan, face à sa cardiologue, incarnée par Dominique Blanc. Elle a bien 35 ans de plus que le jeune Simon dont elle pourrait recevoir le coeur, mais elle aussi est amoureuse, d’une femme : le film brasse ainsi en toute subtilité les différences d’âge, de sexualité, des notions que la jeune réalisatrice Katel Quillévéré a rajouté au roman à succès de Mayliss de Kerangal, comme un message politique : une histoire de transplantation qui montre que dans ce genre de situation, les différences d’âge, de genre, de couleur de peau n’existent plus.

Précision chirurgicale


Au-delà de cette fiction très bien menée, l’aspect documentaire est assez fascinant :  même si on croit avoir tout vu dans les séries télé hospitalières ou les reportages médicaux, la mécanique de précision à l’œuvre sous nos yeux, là aussi portée par des comédiens au plus près des gestes chirurgicaux, ne fait qu’ajouter de l’humain dans un processus qui aurait pu être froidement clinique.
Réparer les vivants
Outre-mer, on ne pratique que des greffes du rein, et seulement en Polynésie, à la Réunion et en Guadeloupe. Mais ce film permet aussi au spectateur de réfléchir sur son propre rapport au don d’organes : qu’est-ce que je ferai s’il fallait accepter ou pas l’organe d’un autre dans mon corps. Ou s’il fallait accepter ou pas qu’un "morceau" vivant d’un proche mort puisse servir à "réparer" un(e) inconnu(e)…