"Mercenaire" : mêlée pas mélo

Mercenaire
Jean-Marie Chazeau

Tourné en partie en Nouvelle-Calédonie, Mercenaire raconte le départ d’un jeune Wallisien pour les terrains de rugby de l’hexagone. Meilleur film européen au dernier festival de Cannes, et prix de la mise en scène au Festival du film francophone d’Angoulême. 


On a déjà entendu parler créole au cinéma, un peu tahitien, et même l’une des 23 langues kanak grâce à Mathieu Kassovitz, c’était dans l’Ordre et la morale. Mais c’est bien la première fois qu’on entend parler wallisien sur grand écran. Nous sommes en Nouvelle-Calédonie, Soane annonce à son père qu’il va partir pour la métropole, pour aller jouer au rugby, attiré par la proposition d’un recruteur, Wallisien, comme eux. Mais l’accueil à son arrivée dans le petit aéroport d’Agen sera plutôt rude…

Tous les ingrédients sont là pour tenir en haleine le spectateur : un recruteur aux méthodes louches, des rapports père fils compliqués et violents, les contradictions entre tradition et modernité dans une société post coloniale, la camaraderie mais aussi le racisme et les jalousies, du suspens et une histoire d’amour aussi… Au milieu de tout ça, Toki Pilioko, authentique pillier wallisien d’un club de l’hexagone, dont on voit à l’écran le personnage de Soane se transformer. Jusqu’à l’incontournable haka.

Près d’un quart du film est tourné près de Nouméa, en bord de mer, et la lumière du Pacifique, vue du Caillou, n’est pas pour rien dans l’authenticité qui se dégage de cette histoire de déracinement.
Il faut dire que le réalisateur, Sacha Wolff, vient du documentaire. De là sans doute la justesse de son film, qui rend justice à des Wallisiens et Futuniens absents des radars et du regard des métropolitains.