Attentat déjoué à la prison de Fresnes : "nous sommes choqués, mais pas surpris", réagit un surveillant réunionnais

Prison de Fresnes (Val-de-Marne).
© PATRICK KOVARIK / AFP | Prison de Fresnes (Val-de-Marne).

Deux détenus de la prison de Fresnes (Val-de-Marne), connus pour leur radicalisation, ont été mis en examen pour avoir envisagé un attentat depuis leur cellule. En colère, les surveillants de prison se sentent impuissants face à une situation qu'ils ne cessent de dénoncer.

Laura Philippon
Publié le , mis à jour le

"Nous sommes choqués, mais pas surpris", confie Cédric Boyer, surveillant réunionnais à Fresnes et membre de la Commission Outre-mer de FO pénitentiaire. Deux détenus de cette prison du Val-de-Marne, connus pour leur radicalisation et sur le point d'être libérés, ont été mis en examen vendredi à Paris pour avoir envisagé un attentat. Selon des sources proches de l'enquête, "différentes cibles", comme des surveillants pénitentiaires ou des policiers, avaient été évoquées par les suspects.
 

Surveillant à Fresnes depuis 2009, Cédric Boyer est membre de la Commission Outre-mer de FO pénitentiaire.
© LP | Surveillant à Fresnes depuis 2009, Cédric Boyer est membre de la Commission Outre-mer de FO pénitentiaire.

Des fouilles et des brouilleurs

"Ça fait des années que nous dénonçons les phénomènes de radicalisation et de prosélytisme en prison, nous avons déjà alerté les autorités à plusieurs reprises, rappelle Cédric Boyer du syndicat FO pénitentiaire. L'un des deux suspects avait par exemple déjà été placé à l'isolement pour sa radicalisation. Il ne faut pas que ces détenus aient des liens avec les autres".
 
Un téléphone aurait été retrouvé dans la cellule de l'un des suspects. "Les téléphones circulent dans les prisons, le problème persiste, pourtant il suffirait déjà d'installer un brouilleur pour empêcher les détenus de s'en servir", avance le Réunionnais Cédric Boyer qui réclame également une "fouille générale du centre pénitentiaire de Fresnes". "Il n'y en a pas eu depuis une quinzaine d'années", affirme-t-il.
 
Face à ce projet d'attentat fomenté depuis une cellule, la colère gronde chez les syndicats de surveillants qui se sentent "impuissants". Une nouvelle fois, ils exigent plus d'effectifs, et "plus de moyens" pour lutter contre la radicalisation.
 

La radicalisation en prison

La garde des Sceaux, Nicole Belloubet, a reconnu ce mardi au micro d'Europe 1 "l'urgence" du problème de la radicalisation en prison, rappelant que le gouvernement faisait "un effort considérable sur le renseignement pénitentiaire, avec des créations d'emplois", un travail qui a justement permis de repérer les deux détenus radicalisés de Fresnes. Insuffisant, répondent les syndicats de surveillants.

 
"On a en France 70.000 détenus en flux constant, dont 500 radicalisés et considérés comme dangereux et 2.000 en voie de radicalisation, qui se baladent au milieu de tout le monde. On a une épidémie galopante au sein de la détention, il faut mettre ces gens en quarantaine", a déclaré à l'AFP Jean-François Forget, secrétaire général de l'Ufap.
 

Des prisons dédiées ?

Des syndicats de surveillants pénitentiaires réclament aussi des établissements spécialisés pour accueillir uniquement des détenus radicalisés. "Mais rien ne bouge", s'agace Cédric Boyer de FO pénitentaire. "Dernièrement, les "unités dédiées" destinées à éviter le prosélytisme religieux, ont été remplacées par des QER, des quartiers d'évaluations de la radicalisation", explique Cédric Boyer.
 
La prison de Fresnes est l'un des trois établissements en France à être dotée d'un "quartier d'évaluation de la radicalisation". Il est destiné à mesurer la dangerosité et le degré de radicalisation d'un détenu avant son affectation dans un lieu de détention. "Au final, il n'y a que le nom qui a changé, ces quartiers ne sont même pas sécurisés et les détenus ne sont pas isolés des autres", explique le surveillant réunionnais.
 
Unités dédiées, quartiers d'évaluation, isolement : depuis 2015, plusieurs dispositifs anti-radicalisation ont déjà été testés à Fresnes, mais aucune solution miracle n'a été trouvée. En 2016, une unité dédiée n'a pas non plus permis d'éviter l'agression d'un surveillant martiniquais par un détenu radicalisé, à la prison d'Osny dans le Val-d'Oise. Il s'agissait alors de la première action jihadiste fomentée en prison.

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