"Adieu Bogota" : fort et poignant, le nouveau roman de Simone et André Schwarz-Bart

Simone Schwarz-Bart
© Hermance Triay | La romancière guadeloupéenne Simone Schwarz-Bart.

Après « L’Ancêtre en Solitude », publié en 2015, la romancière guadeloupéenne Simone Schwarz-Bart poursuit à quatre mains la narration de sa saga antillaise dans « Adieu Bogota », avec la même puissance d’évocation. 

Philippe Triay
Publié le , mis à jour le

Son mari, l’écrivain André Schwarz-Bart, prix Goncourt en 1959, est décédé il y a onze ans. Il demeure pourtant au cœur de la mémoire et de la vie quotidienne de la romancière guadeloupéenne, comme elle nous le précisait au mois de mars à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. (Entretien à lire ici)
 
C’est donc encore à quatre mains qu’a été conçu et porté « Adieu Bogota », publié ce mois-ci aux éditions du Seuil. Comme « L’Ancêtre en Solitude », paru en 2015, le nouvel ouvrage de Simone et André Schwarz-Bart est grandement issu des milliers de notes et des manuscrits épars qu'a laissés le prix Goncourt à sa mort. La « polyphonie » (selon le mot de l’écrivaine) littéraire entamée par le couple il y a de cela cinquante ans, avec « Un plat de porc aux bananes vertes » (Le Seuil), se poursuit.
 

"La mystérieuse Négresse-qui-aide"

La figure centrale et fascinante de « Adieu Bogota » s’appelle Marie. Marie, madame Marie, ou soeur Marie des Anges, ou encore « la mystérieuse Négresse-qui-aide », ou tout simplement « la négresse » pour certains. D’origine martiniquaise, Marie arrive à Paris après de nombreux « périples dans le vaste monde ». Au début des années 30, elle travaille dans une maison de retraite dans la capitale. C’est là qu’elle rencontre Jeanne, une vieille dame qui devient son amie. Les deux femmes échangent, devisent de tout et de rien, « philosophent » ensemble.
 
Marie écrit souvent. Avant de mourir, Jeanne la convainc et lui fait promettre de raconter son histoire, sa vie. Et Marie s’y engage, avec une « joie étrange » à la pensée « de tirer une à une de mon esprit les personnes que j’avais connues, aimées, toutes ensemble reliées à un même fil d’innocence. » « C’est ainsi que je décidais, sous le regard de Jeanne, de devenir mon propre écrivain et mon propre public », dit-elle.
 

Parcours vertigineux 

« C’est l’une des perles de ce collier que représente le cycle de ‘La mulâtresse Solitude’ », expliquait Simone Schwarz-Bart lors de l’interview qu’elle nous avait accordée en mars. « ‘Adieu Bogota’ est la suite de l’histoire de la vie de l’héroïne, racontée par elle-même. Il y a cette interrogation : pourquoi suis-je moi-même ? A partir de là, elle décide que sa vie n’a pas moins d’importance que celle des autres. Il fallait qu’elle prenne sa vie en main et qu’elle la raconte. »
 
Dans un texte fort et poignant, les époux Schwarz-Bart construisent un itinéraire qui va traverser la première partie du XXe siècle, de la Martinique au « Far-West » qu’est alors la Guyane, jusqu’à la Colombie et Bogota, en passant par New York. Au fil d’un parcours vertigineux, entre lueurs d’espérance et découragement, la voix opiniâtre d’une femme, noire, lucide et déterminée, va résonner au monde. Et imprégner nos âmes.  
 

Simone et André Schwarz-Bart, « Adieu Bogota » - éditions du Seuil, mai 2017, 270 pages. Prix : 18 euros. 

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